Interview dans l’Echo sur la campagne présidentielle française

Voici la courte interview (ou plutôt morceau d’interview) paru dans l’Écho aujourd’hui. Article à découvrir ici.

Il s’agit de ma première interview sur la situation politique française, inaugurant ainsi la catégorie “autre” de ce blog, largement délaissée jusqu’à présent (mais j’écrirai forcément quelque chose sur le futur référendum sur l’indépendance de l’Écosse).

Pour rester sur la France, outre le fait que la campagne est catastrophique sur le fond, l’élection est à mon sens déjà jouée et depuis longtemps. Simplement parce que Nicolas Sarkozy est beaucoup trop impopulaire pour être réélu.

Cette impression développée lors de mes déplacements en France (et très bien décrite par François De Smet) est confirmée dans un sondage BVA paru aujourd’hui (lien ici). A la page 14, vous verrez que 53% des personnes interrogées ne voteront “certainement pas” pour Nicolas Sarkozy.

Inutile donc de compter sur les indécis ou les évolutions de quelques points dans les reports des électeurs de François Bayrou ou Marine Le Pen : avec une majorité de personnes déclarant une telle opposition, on ne peut tout simplement pas être élu dans un scrutin à deux tours. Contrairement au scrutin à un tour (qu’il soit majoritaire ou proportionnel), le deuxième tour favorise en effet le candidat le moins clivant. Pour gagner, il faut non seulement avoir une base de soutien solide mais aussi une masse qui vous voit plutôt favorablement, ou en tout cas de manière pas trop défavorable pour qu’il soit encore possible de les convaincre. Mais tel n’est pas (plus) le cas de Nicolas Sarkozy. A moins d’un miracle (par définition imprévisible) entre les deux tours, la messe me semble dite : victoire de François Hollande.

Reste à savoir si ce sera par défaut ou si le candidat socialiste affirmera davantage son projet. Il sera aussi intéressant de voir comment F. Hollande (bien plus centristo-réaliste que son parti au niveau socio-économique) se dépêtrera du score de Mélanchon et de sa relation avec le PS.

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La farandole des sondages

Ce week-end la Belgique francophone aura droit à deux sondages/baromètres politiques pour le prix d’un. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, La Libre et RTL qui publiaient ensemble le fameux “baromètre” se sont séparés pour produire deux sondages différent. Place donc à : La Libre/RTBF/Dedicated Research versus Le Soir/RTL/IPSOS.

Vous vous doutez bien que je vais lire ces sondages et que, comme vous peut-être, je me pose la question de savoir lequel est (ou devrait être) le plus crédible. Je n’ai pas de préférence particulière pour les médias qui commandent et publient ces sondages. Mais le plus important pour la crédibilité d’un sondage ne me semble pas être les médias qui le diffusent mais l’institut qui le réalise.

De ce point de vue, l’argument de la continuité avancé par La Libre et la RTBF me semble peu pertinent. Certes la marque “baromètre” appartient à la Libre qui publie ce sondage depuis 1984 mais il n’en reste pas moins que l’institut de sondage change. Et c’est bien là l’essentiel. La présentation graphique peut rester exactement la même, il n’empêche que les chiffres et la manière de les obtenir sont différents. Même s’il y a continuité dans les questions, il n’en reste pas moins que le panel est différent, de même que la méthodologie. Or on sait que l’intérêt d’un sondage (et surtout sa comparaison dans le temps) est liée au fait que l’on a le même panel et la même méthodologie. Le fait de garder IPSOS comme institut de sondage me semble plutôt un gage de cohérence.

Outre l’argument de la continuité de l’institut, la société Dedicated Research n’a pas vraiment un passé qui plaide pour elle dans le domaine des sondages politiques. Il faut en effet se souvenir que c’est cette société qui a le douteux privilège d’avoir effectué les fameux sondages précédant l’élection régionale de 2009 et qui donnait, notamment, le PS largement perdant, voire, dans certains sondages, troisième parti francophone. Le pire ayant probablement été atteint lorsque le PS était crédité de 14,5% des intentions de votes à Bruxelles. Résultat quelques semaines plus tard : 23,3%. Il faut souligner ici que l’erreur n’est pas de 8,8 points mais bien de 38% du résultat final. Il ne reste qu’à espérer que Dedicated Research ai changé ses méthodes depuis lors.

Concernant le sondage publié ce vendredi, qu’il soit clair que j’ai quelques doutes sur sa pertinence. D’abord parce que la période de sondage s’étale du samedi 26 novembre (15H) au 30 novembre. Certes ceci se fait principalement après la conclusion d’un accord sur le budget. Mais l’état d’esprit de la population dans une période aussi particulière n’est probablement pas représentative de ce qu’elle sera seulement quelques semaines plus tard.

En effet, commencer le sondage à ce moment-là c’est aussi croire à une diffusion pure et parfaite de l’information dans le grand public. Comme si la majorité des belges étaient scotchés à leur transistors ou à leur compte twitter le samedi après-midi et que tout le pays était devant son téléviseur pour la grand-messe télévisée du dimanche après-midi. Surtout, il s’agit de croire que l’électeur moyen s’informe, réfléchit, réagit en fonction, et change éventuellement son intention de vote dans les heures qui suivent un événement politique. Dans une société largement dépolitisée et de moins en moins attentive à cet interminable feuilleton, j’ai de sérieux doutes.

Certains résultats du sondage sont d’ailleurs étonnants. Outre les presque 40% de la NVA, c’est surtout le 12,7% du CD&V qui, disons-le pudiquement, surprend. Surtout si l’on se souvient que le dernier sondage (VRT/Standaard) effectué en octobre donnait les sociaux-chrétiens à 19,5%, en progression de 2 points après la conclusion de l’accord institutionnel. D’où pourrait bien venir une évaporation de 35% de ces soutiens ? Je veux bien que l’affaire Arco ai fait quelques dégâts mais tout de même.

Tout cela pour dire qu’un sondage est plus crédible lorsqu’il s’effectue dans une période routinière et “normale”. Mais il est vrai que cela aurait nécessité d’attendre quelques jours voire quelques semaines, délais que ne permet pas (plus) la course à l’échalotte dans lequel se sont engagés les deux groupes de médias précités.

Car ce qui est aujourd’hui frappant lorsque l’on se souvient de juin 2009, c’est la polémique qui avait suivie ces erreurs. Chacun s’était alors promis qu’on ne nous y reprendrait plus. On prendrais désormais les sondages avec des pincettes et beaucoup de recul et la RTBF avait même décidé de ne plus en commander (ce qui fut fait pour l’élection de 2010). A l’époque, les sondeurs s’en étaient sortis en expliquant (comme souvent) que les sondages n’étaient qu’une “photographie de l’opinion à un moment donné”. Sauf que pour le coup, et avec des marges d’erreur assumées de 3 à 4%, la photographie est tout de même assez floue. Ces sondages sont pourtant loin d’être inutiles. Mais il faut à mon sens davantage les voir en termes d’ordres de grandeurs et de position respective des partis.

Toujours est-il que, deux ans et demi plus tard, tout est oublié : on prend les mêmes, on recommence et on peut même faire l’ouverture du JT du vendredi soir avec la NVA à 40%. Le résultat d’un sondage ne me semble pourtant pas être une “information”, même si le succès de celle-ci est assurée du fait de son caractère anxiogène (Tremblez, francophones ! Bart va vous manger tout cru) et correspondant au cliché du Flamand nationaliste. Et l’on a plus aucune gêne pour avancer des analyses définitives comme le fait que les accords conclus n’ont aucun effet sur l’opinion en Flandre. Tout cela pour dire que je pense que l’on prend quelques risques à aller à la télévision le dimanche midi pour commenter des résultats qui seront peut-être contredits le soir même par le sondage concurrent. Et peut-être aussi la semaine d’après par le sondage VRT/Standaard.

Mais la concurrence que l’on observe ici semble montrer que ces sondages sont davantage considérés comme des coups médiatiques que des outils d’analyse. D’ailleurs, s’il en était autrement, on se demande pourquoi chacun ferait un sondage (fort couteux) alors qu’analyser le sondage du voisin ne coûte rien. Sinon quelques heures de retard.

Soit dit en passant, je ne cesse de m’étonner de l’effet de mimétisme entre médias belges francophones. Il y avait déjà les émissions politiques dominicales placées exactement aux mêmes heures, traitant le plus souvent les même sujets, et avec des invités qui seraient probablement les mêmes s’ils avaient le don d’ubiquité (comme ce n’est pas le cas, ils alternent chaque semaine). Avec deux baromètres qui, bien que trimestriels, paraissent le même week-end, le choc est de plus en plus frontal. Et peut-être destructeur en terme de crédibilité si les résultats sont par trop différents.

Mais ne croyez pas que cela m’empêchera de commenter lesdits résultats (même avec des pincettes). Pour cela, j’attendrai simplement d’avoir les deux sondages sous les yeux.

NB : billet écrit avant la publication du sondage Le Soir/RTL

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Tintin au pays du journalisme communautaire

Avec un peu (beaucoup) de retard, voici les lien vers mon dernier article paru dans La Libre Belgique du 16 novembre dernier. Le lien vers l’article en ligne est ici, et le pdf est .

J’y aborde un concept malheureusement devenu omniprésent dans la presse belge, en particulier en ligne : le journalisme communautaire. Le tout en parlant de l’œuvre qui m’a fait découvrir la Belgique avant même que sache qu’elle existe.

Si je vous en parle maintenant, c’est aussi que cet article a inspiré un blog consacré au journalisme communautaire en Belgique, et que vous trouverez ici. Ils n’ont pas encore eu l’occasion de se mettre sous la dent une polémique communautaire mais gageons que ça ne saurai tarder.

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Le choix du MR

Comme souvent depuis plusieurs mois, le bureau politique du MR du lundi matin est l’événement politico-médiatique du début de semaine. Aux bisbilles entre le groupe Renaissance et le président d’alors Didier Reynders, ont suivi celles entre le FDF et les libéraux. Le summum avait, jusqu’à présent, été atteint lorsque le FDF ne s’était pas présenté à ce bureau. Mais cette fois-ci, la chose est tellement d’importance que la réunion décisive de la journée (et probablement de la semaine) ne se fera pas Rue de la Loi, mais bien avenue de la Toison d’Or. Car la question sera, à terme, de savoir si l’attelage MR-FDF se poursuit et sous quelle forme.

Mais avant d’étudier les tenants et les aboutissants, il convient de tordre le cou à une idée reçue mainte fois répétée : le poids électoral d’Olivier Maingain. On affirme en effet souvent que c’est sa présence qui a “sauvé les meubles” du MR à Bruxelles en 2010, alors que celui-ci s’écroulait en Wallonie. Mais il faut se souvenir que la campagne 2010 du MR a été toute axée sur les positions du FDF en matière communautaire. Et ce n’est pas trop s’avancer que de dire que cette élection-là s’est jouée sur le communautaire. Le résultat ? En réalité, il était mauvais pour le MR à Bruxelles : 17,5% sur BHV. Soit un score inférieur à celui historique de 2007 (21,2%) mais aussi à celui de 2003 (19,9%). Le MR y a donc fait moins bien que d’habitude alors que, en Wallonie, le résultat a été une catastrophe historique. La raison nous en semble que la “fermeté” de la ligne Maingain a fait peur à beaucoup de francophones, qui se sont dit que mettre Maingain face à De Wever ne pouvait mener qu’à la fin du pays. Ceci couplé à une campagne du PS qui s’est au contraire voulue rassurante et ouverte envers le Nord (avec déjà une contrepartie avancée, le refinancement de Bruxelles) et un intérêt on ne peut plus relatif des Wallons pour les histoires autour de BHV ont mené au résultat libéral catastrophique que l’on sait.

Pourquoi revenir là-dessus ? D’abord pour souligner que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est probable que des élections législatives anticipées seraient encore plus catastrophiques pour le MR. Car cette fois ce ne serait plus une présomption : Olivier Maingain aurait bel et bien prouvé qu’il n’était capable d’aucun compromis.

Ensuite pour rappeler que, durant la campagne de 2010, les contreparties possibles à demander en cas de scission de BHV avaient été plus ou moins clairement exposées par les différents partis : refinancement de Bruxelles pour le PS, élargissement pour le FDF-MR, corridor pour le CDH Joelle Milquet par nécessité “géopolitique”. Le choix des électeurs francophone est apparu assez clairement : ils ont préféré le beurre aux canons.

Ceci posé, revenons à ce qui s’est passé ce week-end. Tout a commencé vendredi soir par le sympathique transfuge de membres CDH Anderlechtois vers le FDF. Pique à Joëlle Milquet en passant (qui ne défendrait pas assez les francophones) et démonstration que, pendant que certains négocient, d’autres sont manifestement en campagne – reste à savoir pour quelle élection.

Mais la soirée a surtout permis à Olivier Maingain de poser ses conditions à une liste commune MR-FDF à Anderlecht – on croyait pourtant que les deux partis étaient ensembles. Ainsi untel (Jean-Jacques Boelpaepe) ne peut pas figurer sur la liste à cause de problèmes judiciaires (même si il a été blanchi), un autre (Walter Vanden Bosssche) parce qu’il est… Flamand.

Il faut dire que le FDF se sent cette fois suffisamment fort pour imposer des listes exemptes de toute présence Flamande à son partenaire libéral. Aucun accord donc avec l’OpenVLD au niveau local. Même pas donc avec les très belges Guy Vanhengel à Evere ou l’anti-nationaliste Els Ampe – qui avait interrompu Jan Peumans lors d’un discours de la fête de la Flandre – à Bruxelles-ville. Les libéraux se sont apparemment déjà pliés à cette exigence de pureté linguistique.

Le samedi matin, interview incendiaire dans la Libre où Olivier Maingain, non content d’exiger de nouveau l’élargissement de Bruxelles, s’en prend à Joëlle Milquet, Philippe Moureaux, et même Armand De Decker. Ce faisant, il torpille non seulement la négociation institutionnelle mais aussi toute la communication de Charles Michel en prévision des université du MR. L’interview à L’Avenir est à ce propos édifiant : alors que le président du MR aurait voulu (du moins on l’espère) y développer son “concept” de libéralisme populaire, on ne parle que du FDF.

Encore mieux : Olivier Maingain déclare l’après-midi que Charles Michel négocie très bien. Comme si le véritable président du MR délivrait un satisfecit à son envoyé à la table des négociations.

Et pour finir, O. Mangain déclare qu’il est toujours resté fidèle à l’esprit de Jean Gol, qui avait en son temps appelé à la création d’une nation francophone. Une manière comme une autre de s’approprier symboliquement le MR. Mais sauf que Jean Gol n’est plus président et qu’en politique, le spiritisme est toujours hasardeux.

Alors, il est encore possible de finauder quelques jours ou quelques semaines et d’espérer  que l’on puisse ménager la chèvre Maingain de plus en plus enragée et le choux Di Rupo. Mais à un moment qui semble de plus en plus proche, la direction du MR devra faire un choix : soit garder le FDF et quitter les négociations institutionnelles en portant la responsabilité de l’échec, soit se dissocier clairement du FDF ce qui peut conduire au divorce entre les deux partis.

Cette dernière possibilité handicaperait certainement le MR à un an des élections communales. Mais entre ces deux mauvaises solutions, il semble pourtant que ce soit la moins pire.

En effet garder le FDF reviendrait à placer Olivier Maingain de facto à la tête du MR à Bruxelles. Car il est probable que le président du FDF n’en a pas fini avec les oukases sur les personnes qui peuvent être ou non sur les listes. Il serait alors tout de même plus simple qu’il les compose toutes lui-même. Pas sûr que tout le monde apprécie au MR bruxellois (doux euphémisme). La sortie d’Armand De Decker le montre clairement. Sans compter qu’à force de céder systématiquement à celui qui menace de partir, on risque de donner des idées à certains… Enfin, si Olivier Maingain est très populaire sur les forums des sites d’information en ligne, il faut se souvenir que le principal problème du MR à Bruxelles consiste en son incapacité à séduire l’électorat nouveau belge. Pas sûr qu’avec son phrasé du XIXème siècle et son obsession pour des problèmes communautaires belgo-belges qui sont bien le cadet des soucis des allochtones, O. Maingain puisse aider les libéraux de ce point de vue.

Surtout, porter l’échec des négociations conduirait le MR à totalement s’isoler politiquement. Au niveau fédéral d’abord, il se distancierait d’un OpenVLD redevenu politiquement intéressant depuis qu’Alexander De Croo a adopté une attitude très constructive dans les négociations. Mais c’est au niveau francophone que ce serait le plus grave. Car si le MR empêche la formation d’un gouvernement et l’accession d’Elio Di Rupo au poste de premier ministre, le PS risque de le lui faire payer d’une manière très simple : en plantant l’Olivier partout où cela est possible. Et à un an des communales, voilà une perspective qui serait bien plus sombre qu’une défection d’un FDF qui, vu les dernières déclarations d’O. Maingain, pourrait apparaitre comme infréquentable aux yeux des autres partis francophones. Exclu des niveaux fédéraux, régionaux et communautaire, il ne resterait que des miettes au MR au niveau communal, tant le PS apparait dominant en Wallonie. Dommage, surtout que Charles Michel avait réussi à sortir son parti de la marginalité dans laquelle il se trouvait avant son accession à la présidence.

Tout ceci sans oublier le résultat d’éventuelles élections fédérales anticipées, où le PS aurait une seule chose à dire et à se répéter : l’échec est de la faute du MR qui n’a pas eu le courage de se distancier du FDF alors qu’Elio Di Rupo a, en vrai homme d’Etat, eu celui de s’éloigner du programme de son parti. Dans ce cas, Olivier Maingain n’aurait pas seulement offert un boulevard à la NVA, mais aussi au PS.

Allez, bonne réunion…

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Avril 2010, juillet 2011. Bis repetita ?

Retour à la case BHV cette semaine. Ce Léviathan de la politique belge que l’on croyait oublié ressurgit dans un moment crucial (pour de vrai cette fois) de la négociation institutionnelle. Car nous sommes bien en négociation. Ou plutôt en pré-négociation puisque le CD&V a demandé certains changements à la Note Di Rupo avant d’entamer celle-ci.

BHV donc qui, s’il est réglé un jour, restera dans l’histoire politique belge comme un épouvantail ou une histoire pour faire peur aux enfants. Et s’il ne l’est pas, offrira un cas extrêmement intéressant à étudier de la place de l’irrationnel en politique. Car tout tourne autour de BHV depuis plus de six ans, soit depuis l’échec de la négociation menée en 2005 par Guy Verhofstadt. Et la question a fait du dégât entre temps. En particulier à Pâques 2010, lorsque le nouvel échec d’une négociation sur ce dossier a provoqué la chute du gouvernement Leterme, les élections de juin 2010, et les résultats électoraux et politiques dont on endure les conséquences aujourd’hui.

Parlant d’irrationnel, le résultat des négociations menées à l’époque par Jean-Luc Dehaene est un modèle du genre. En effet, objectivement, toutes les parties autour de la table avaient alors intérêt à réussir. Les discussions ont échoué et le résultat a été désastreux pour tous les acteurs : les francophones qui doivent négocier dans des conditions encore plus difficiles, et les partis flamands modérés qui se sont fait plumer par la NVA aux élections. Par bien des aspects, la négociation actuelle se pose dans les mêmes termes que celle de Pâques 2010. Il nous apparaît donc utile de revenir sur celle-ci et de les analyser.

La première chose à faire est de sortir du simplisme souvent évoqué d’un échec du uniquement à un jeune président chien fou qui voulait imprimer sa marque ou quitter un gouvernement qui menait une politique jugée trop à gauche. Car les partis francophones ont leur part dans cet échec. D’abord en ayant refusé de discuter sérieusement de BHV depuis le vote Flamands contre francophones en commission à la chambre en novembre 2007. Pendant 30 mois, on est allé de conflit d’intérêt en conflit d’intérêt, jusqu’à impliquer des germanophones qui n’avaient rien demandé. La négociation enfin venue, Olivier Maingain a torpillé les propositions Dehaene sans qu’aucun président de parti francophone ne le contredise – et Didier Reynders moins que personne. N’oublions pas non plus le mépris avec lequel certains francophones ont traité la menace d’Alexander De Croo de retirer la prise, menace qualifiée d’ ultimatumeke. Il est probable que la menace était sérieuse dès l’origine. Mais si elle ne l’était pas, elle le devenait dès lors qu’on la traitait avec autant de dédain en direct à la télévision. Car en cas de reculade, Alexander De Croo aurait pu arrêter tout de suite sa carrière politique. Pour finir, Didier Reynders a été chargé par le Roi de concilier les points de vues entre le FDF et l’OpenVLD. Et il rendit bien vite les armes.

Pourquoi les francophones ont-ils laissé les choses aller ainsi ? Il ne fallait pourtant pas être grand clerc pour prévoir que la négociation serait encore plus difficile après une élection. Certes, il était difficile d’anticiper un tel succès électoral de la NVA (28%). Mais il était évident qu’il ferait un score bien meilleur que ses 13% de 2009 et qu’il se poserait au moins en second parti flamand. Au lieu de l’impasse actuelle, les francophones auraient pu négocier BHV aux conditions Dehaene et seraient actuellement en train de traiter de la réforme de l’Etat et du futur gouvernement avec Marianne Thyssen. Certes on ne va pas réécrire l’histoire. Mais s’interroger sur les erreurs passées permet de ne pas les commettre à nouveau.

Car la situation est sensiblement la même aujourd’hui. Seuls certains acteurs on changé : Wouter Beke a pris la place d’Alexander De Croo dans le rôle du Flamand intransigeant (et inexpérimenté), Elio Di Rupo celle de Jean-Luc Dehaene et de Didier Reynders (en chef de file francophone), et Charles Michel celle de ce dernier comme président du MR chargé de maitriser (ou pas) Olivier Maingain. Sur le fond la situation est bien pire mais le choix est le même : en cas d’échec, tout indique que des élections renforceraient encore le parti de Bart De Wever. Et, si négociations il y a, elles se feraient alors dans des conditions encore plus difficiles. Précision : en cas d’éclatement de la Belgique, les électeurs francophones en périphérie auront du mal à voter pour des listes bruxelloises…

Voilà qui me rappelle ce qui reste, avec la guerre en Yougoslavie, l’un de mes premiers souvenirs en relations internationales : les accords d’Oslo entre Israël et l’OLP. Je me souviens encore d’un débat entre deux députés israéliens. Le parlementaire du Likoud critiquait Yitzhak Rabin qui avait selon lui sauvé le terroriste Yasser Arafat, alors que ce dernier était politiquement mort. J’ai retenu presque mot pour mot la réponse du travailliste : « Le Likoud n’a rien compris ! Il n’a rien compris ! A une époque, nous aurions pu négocier et arriver à un accord de paix avec les palestiniens modérés. Vous avez refusé, et nous sommes aujourd’hui obligés de négocier avec l’OLP. Et si nous ne faisons pas cet accord maintenant, demain c’est avec les islamistes du Hamas que nous négocierons. »

On sait ce qu’il en est advenu. Les francophones feront-ils la même erreur ?

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Le CD&V, cet incompris

Les éditoriaux de demain matin ne sont pas encore publiés. Si je suis curieux de voir ce qu’il en sera côté flamands, je peux presque déjà deviner ce qu’il en sera côté francophone : la NVA refuse tout compromis, veut détruire le pays et, surtout la faute en revient au CD&V qui n’a pas su se “déscotcher” de son grand frère nationaliste.

J’ai déjà dit par ailleurs ce que je pensais de cette vision de la NVA. Je ne partage pas cette idée que le parti de Bart De waver refuse d’entrer dans un gouvernement pour détruire le pays. Tout simplement parce qu’ils savent très bien qu’ils ne le détruiront pas comme ça et parce que cette attitude traduit plutôt une incapacité à gouverner qu’une réelle stratégie.

Mais revenons à nos moutons et au CD&V. L’idée est bien ancrée côté francophone que ce parti est un satellite de la NVA, qu’il suivra forcément toujours la NVA voire qu’il est aussi nationaliste que Bart De Wever. Le problème n’est pourtant pas que le CD&V soit nationaliste. C’est qu’il n’a aucune idéologie et n’est guidé que par ses intérêts immédiats.

Suivant ces critères, les conditions pour le “déscotchage” étaient donc en passe d’être réunies. Les cartels CD&V-NVA n’étaient, sauf exception, plus de mise aux communales  :  plus d’intérêt directement électoral pour ces élections donc. Restait à faire passer la chose en Flandre avec une réforme de l’Etat conséquente. Elio Di Rupo la leur fournit avec sa note surprenante d’audace et d’engagement.

Le scénario semblait donc écrit : tout le monde allait donner du “oui, mais”, les neufs partis allaient se mettre autour de la table, on verrait ce qu’il en est et, à un moment de l’été, la NVA allait claquer la porte, et le CD&V rester à la négociation. C’est ce qu’on appelait “l’estivalisation”.

Mais la NVA a senti le piège se refermer. Ou plutôt, elle a décidé de ne pas rentrer dans ce scénario somme toute confortable qui consistait à aller dans l’opposition. Et alors que personne ne s’y attends, De Wever joue son va-tout : dire non en espérant que le CD&V suive, ou plutôt qu’il n’ose pas négocier sans le premier parti de Flandre. Il ne prévient aucun de ces partenaires pour faire jouer l’effet de surprise et parier sur la confusion. Ainsi le CD&V, qui avait calé son intervention sur un “oui, mais” de la NVA, reporte sa conférence de presse de 13H quelques heures avant que celle-ci ne se tienne. Il est donc probable que le CD&V ai appris le changement de position de la NVA en même temps que la presse en milieu de matinée. La NVA a donc joué un bien beau tour de cochon à son ex-partenaire de cartel.

Et le tour a bien fonctionné. Le CD&V avait prévu de répondre à la note Di Rupo ce jeudi. Il a répondu par l’affirmative, tout en mentionnant qu’il ne peut y avoir de négociations sans la NVA (ce que le formateur avait dit lui-même, comme l’a rappelé Didier Reynders). La décision de laisser la NVA seule dans l’opposition ne se prend pas – en tout cas pas au CD&V – en une après-midi.

Le tour a donc bien fonctionné mais c’était peut-être le dernier tour de Bart, qui n’a plus aucun allié à force d’avoir trahi tout son monde. Le front Flamand VLD-NVA-CD&V n’est plus – si tant est qu’il ait jamais existé. Il n’y a qu’à voir l’attitude du VLD qui se pose clairement en alternative de droite responsable par rapport à la NVA. Et pour la première fois, la NVA est isolée en étant la seule formation à refuser une note de base pour une discussion de compromis. L’isolement a donc bel et bien eu lieu sur le fond. Reste à le traduire en isolement politique.

Mais c’est probablement la lecture exactement inverse que vous verrez côté francophone. Il faut dire que l’incompréhension est grande entre le CD&V et le sud du pays. Cette incompréhension se base, entre autre, sur celle du traumatisme qu’à subit le CD&V. En effet celui-ci n’est pas tant du à sa défaite électorale de juin 2010 qu’à ce qui l’a rendu possible. A savoir le fait d’être entré dans un gouvernement sans réforme de l’Etat et en brisant le cartel contre la promesse des francophones d’une telle réforme et de la scission de BHV. Promesses non tenues qui leur restent toujours en travers de la gorge. On peut donc comprendre qu’ils hésitent avant de retenter exactement la même opération.  Rien d’étonnant donc à ce qu’ils aient refusé de s’engager sans avoir de garanties. Et le traumatisme est tellement grand que, même avec la note Di Rupo, ils craignent encore de s’engager dans une négociation qui échouerait du fait de la présence du FDF.

La confiance, toujours la confiance…

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Mon interview dans La Libre

Pour ceux qui ne l’avait pas vue, voici mon interview parue dans la Libre Belgique du mardi 28 juin à propos des “violences” en périphérie. J’y parle de la probabilité d’une guerre civile en Belgique, du nationalisme francophone et de la presse communautaire, ainsi que d’une étude qui devrait sortir bientôt (j’espère) et faire pas mal de bruit.

Pour l’anecdote, le journaliste (très bon par ailleurs) m’a dit qu’il cherchait pour l’autre interview “en vis-à-vis” quelqu’un qui aurait un avis différent du mien quant à la possibilité de guerre civile en Belgique. Je lui ai assuré qu’il ne trouverai personne de sérieux pour ça…

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Seul regret : il a du enlever, faute de place, le moment où je précisais que, de ma vie, je n’avais entendu parler de quelqu’un blessé par le jet d’un oeuf.

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