Elections référendaires : Bart De Wever n’en demandait pas tant

Un concept farfelu a ressurgit ces derniers jours suite à la démission du conciliateur royal. A entendre certains commentateurs et politiques (notamment Marcel Chéron, qui nous avait habitué à mieux), de nouvelles élections anticipées auraient un caractère référendaire, c’est-à-dire que, de leur résultat, on déterminerait si les flamands veulent ou non de la Belgique. Cette idée est dangereuse à plus d’un titre.

En premier lieu, il faut mesurer les conséquences en termes de confiance des acteurs économiques et des marchés financiers envers la Belgique. Jusqu’à présent, la crainte des marchés n’est pas vraiment l’éclatement de la Belgique, mais plutôt la paralysie politique qui l’empêcherai de prendre les mesures nécessaires au paiement de sa dette. Le coût de la crise politique est déjà conséquent et de nouvelles élections ne ferait que le renchérir. En effet, c’est l’assurance que l’on aura pas de gouvernement avant 3 mois minimum. Mais si cette élection offre la perspective d’une scission de la Belgique, et donc la possibilité que la dette belge ne soit jamais remboursée, le coût de celle-ci atteindrait des sommets. Apocalyptique donc, non seulement pour la Belgique mais potentiellement pour la zone euro – et ce quel que soit l’issue de telles élections.

Mais cette idée est surtout dangereuse au niveau politique. Bien loin de clarifier les choses, elle les rendrait en réalité encore plus floues. Si l’on veut avoir une réponse claire à la question de savoir si les Flamands veulent encore vivre en Belgique, il faut poser la question clairement : par une consultation populaire avec une réponse par oui ou par non.  Faire une consultation populaire n’a déjà pas beaucoup de sens : tous les sondages faits depuis 15 ans montrent que les flamands ne sont que 10 à 15% à vouloir devenir indépendants. On ne va tout de même pas faire déplacer les électeurs flamands pour répondre à une question dont on connaît déjà la réponse, juste parce que les francophones ont été traumatisés par un canular télévisuel il y a 4 ans.

Mais on propose en réalité de faire bien pire. C’est-à-dire de décider (unilatéralement) que l’on interprète les résultats d’un vote NVA comme une volonté de mettre fin à la Belgique. Alors que les flamands voteront (ou pas) NVA pour bien d’autres raisons : pour son programme économique, pour sa fermeté en matière d’immigration ou, plus probablement, parce que Bart est quand même très sympa, fait des blagues et dit tout haut ce qu’on pense tout bas. Ce concept d’élections référendaire est en réalité l’aboutissement le plus absurde du quiproquo qui mine les relations communautaires en Belgiques depuis juin 2007 : les Flamands disent « réforme de l’Etat » et les francophones comprennent « indépendance de la Flandre ». Il y a fort à parier que, durant une élection « référendaire », Bart De Wever continuera à parler d’indépendance aux francophones tout en ne parlant que de socio-économique à ses électeurs.

Cela revient en réalité pour les francophones à ouvrir une armoire blindée pleine d’armes de destruction massive, à mettre dans les mains de l’électeur flamand une grande à fragmentation et à lui dire « chiche que tu ne la dégoupille pas ». Avec Bart De Wever lui sussurant à l’oreille que le francophone le provoque, que cette grenade n’explosera pas et que la dégoupiller est le seul moyen de gagner 1000 euros de plus par an. Non décidément Bart De Wever n’en demandait pas tant. Il lui suffirait donc juste de continuer à refuser tout accord gouvernemental pour qu’on lui offre sur un plateau une situation dont il n’aurait jamais osé rêvé. Car il n’y a actuellement aucune chance que les Flamands disent oui à l’indépendance de la Flandre si la question leur est clairement posée.

C’est à se demander si certains francophones n’ont pas vraiment envie que la Belgique cesse d’exister. Mettre ainsi la NVA en appétit est en tout cas le meilleur moyen d’aller aux élections. Il est encore temps d’arrêter de jouer avec le feu.

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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