Souvenir de Bosnie par Québec interposé

De mes deux ans et demi passés au Québec, j’ai gardé de vrais bons amis. Annie est de ceux-là. Le genre d’amie avec qui on partage énormément, avec qui on a plus de contact pendant 3 ans et qui, une fois que vous lui avez annoncé que vous revenez faire un tour au pays, vous donne la clé de son appartement et vous dit que vous pouvez restez là tant que vous voulez. Elle ira chez son “chum”. Elle vous donne ça comme ça, sans rien vous demander, et vous en faites ce que vous voulez. La seule chose qu’elle vous demande c’est si vous avez une soirée de libre parce qu’elle aimerait bien vous inviter à manger et vous présenter ledit “chum”. Tout le Québec résumé ici. D’ailleurs quand j’étais revenu à Québec, j’avais jusqu’à 3 clés d’appartements différents, sans compter celle de ma chambre à Montréal. On n’est riche que de ses amis.

Annie est une vraie amie donc. Et aussi une vraie universitaire qui a fait sa thèse d’anthropologie sur le journalisme post-conflit au Rwanda et en Bosnie. Elle m’a beaucoup plus parlé de son séjour au Rwanda, tellement celui-ci l’a désespéré pour l’avenir de ce pays. Mais il m’est récemment revenu quelque chose qu’elle m’avait raconté sur la Bosnie. Ca m’est revenu parce que j’ai quand même, finalement, regardé un morceau d’un de ces (non-)débat dominicaux où le souci d’inviter tout le monde fait qu’il y a entre 8 et 10 personnes autour de la table. Du coup si quelqu’un arrive à aligner plus de 3 phrases d’affilée, c’est souvent qu’il crie plus fort que les autres. Et ce week-end, Laurette Onkelinx a crié fort. Très fort. Pourquoi ? On ne sait pas trop en fait. Peut-être pour préparer le bon peuple à l’élection qui s’en vient et au Plan B qu’on va ressortir une énième fois de sa manche. Ou peut-être pas. Mais toujours est-il que j’ai repensé à cette histoire que m’avait raconté Annie.

Elle était en Bosnie, à Sarajevo, où elle suivait un séminaire. A la fin du cours, le professeur, qui parlait un français impeccable, la retint quelques instants et lui tint en substance ce discours :
“Mademoiselle, je sais que vous venez du Canada et je voulais vous dire quelque chose. Je sais qu’il y a des problèmes entre francophones et anglophones chez vous à Montréal. Je voulais vous dire que, vous avez beau être riches et en Amérique, vous n’êtes pas à l’abri de ce qui nous est arrivé ici. Je ne sais pas comment vous nous voyez aujourd’hui, mais vous vous dites surement que nous avions une tradition de violence et que nous étions déjà divisés en ethnies. C’est faux. La Bosnie et surtout Sarajevo était l’endroit le plus mélangé et le plus métissé de Yougoslavie. Tout le monde vivait en harmonie. Nous aussi nous nous disions que les massacres appartenaient au passé. A la seconde guerre mondiale, aux Oustachis et aux Tchetniks. Nous aussi nous pensions être modernes et à l’abri d’un retour de la barbarie. Mais sachez Mademoiselle, qu’il y a des boîtes de Pandore qu’il ne faut jamais ouvrir.”
Elle m’a raconté qu’elle n’a pas passé une bonne nuit ce soir-là.

Mais moi je suis un peu rassuré. Entretemps mon ami Charles m’a dit que ces débats dominicaux faisaient autour de 3% d’audience sur RTL-TVI et à peu près autant à la RTBF. 94% des belges francophones ont donc échappé à ce spectacle non seulement triste mais aussi dangereux.

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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