Tempête communautaire dans un verre d’eau

Ce samedi 2 avril nous a offert le parfait exemple de la manière dont fonctionne le « conflit » communautaire belge au niveau politico-médiatique. Un cas d’école. Jugez plutôt.

Premier temps : Kris Peeters déclare « Bruxelles ne sera jamais une région à part entière ». Diantre, quelle martiale affirmation ! La Libre qui publie l’interview parle de « sentence » du premier flamand.

Deuxième temps : réaction à la fois convenue et outrée de tous les partis francophones de la capitale. On commence par Charles Picqué bien sûr. Suivi de Benoit Cerehxe, du MR, etc… On va même jusqu’à dire qu’aucun accord communautaire n’est possible si Kris Peeters ne ravale pas ses paroles.

Troisième temps : ça, c’est pour les éditorialistes et commentateurs télé du dimanche matin : décréter, encore une fois, que le CD&V est un parti à la remorque de la NVA et qu’aucune réforme de l’Etat ne pourra se faire sans que ce grand-parti-qui-a-un-jour-incarné-l’Etat ne change d’attitude. Et que dans les circonstances actuelles, on est plus que mal parti. Et que le fossé Flamands-francophones se creuse encore un peu plus, etc., etc. Avec un peu de chance, on aura même droit à la présence d’un constitutionnaliste qui viendra nous lire l’article 3 de la constitution où il est bien dit que la Région bruxelloise est l’une des trois régions qui compose la Belgique. Si le CD&V ne respecte plus la constitution, où allons-nous ma pauvre dame ? A la révolution et à l’anarchie je vous le dit !

Quatrième temps : dans une semaine (que dis-je dans deux jours) on aura oublié tout ça.

Voilà, c’est simple. Sauf que…

Sauf qu’en fait tout cela vient d’un quiproquo sur ce que l’on appelle « région à part entière ». Car que dit exactement Kris Peeters ? Que Bruxelles doit être une ville-Région, au statut « un peu en dessous » des deux autres Régions afin de permettre aux Communautés flamande et française d’y avoir une « voix importante » (source ici). En d’autres termes, il ne veut pas que Bruxelles jouisse de compétences communautaires. Pourquoi appelle-t-il ça une « région à part entière » ? Parce que la Flandre (« sa » Flandre) dispose des compétences communautaires et régionales.

Ce qu’il dit là n’a alors rien de scandaleux. Personnellement je pense qu’il serait préférable de transférer l’ensemble des compétences communautaires aux trois (ou quatre du coup) régions du pays. Mais le fait est qu’il n’a jamais été question que cela se fasse dans la réforme de l’Etat actuelle. Tout au plus peut-on espérer qu’il n’y ai pas de nouvelles compétences défédéralisées qui échoient aux communautés plutôt qu’aux régions.

Kris Peeters ne dit donc pas autre chose que le fait que les choses doivent rester en l’état sur ce point : Bruxelles doit rester une région où les compétences communautaires sont gérées par les communautés flamande et française. Pas de divergence fondamentale sur le fond donc entre Flamands et francophones mais un différend sémantique sur ce que signifie le terme « région à part entière » et une expression du « premier » flamand qui peut blesser les Bruxellois (francophones) dans leur orgueil.

Pourquoi ne pas avoir relevé cela et être allé un peu plus en profondeur que le titre « Bruxelles ne serait jamais Région à part entière » ? Parce que le temps manque et que la communication politique doit aller très vite, surtout lorsqu’il s’agit d’apparaitre dans les médias comme le défenseur de Bruxelles. Et peut-être surtout parce que La Libre Belgique publie un article en ligne très ambigüe (ici). En effet le titre choc ne fait pas partie du morceau d’interview mis à la disposition des internautes. Pour l’avoir, il faut aller acheter la Libre papier. Limité à internet, on ne sait donc pas ce que Kris Peeters a voulu dire par « région à part entière ». C’est d’ailleurs pour cela que les seules références que j’ai sont celles mises en ligne par le Soir. Car, non, je ne suis pas allé acheté la Libre comme le procédé mis en œuvre aurait dû logiquement m’y conduire.

Cet épisode me semble doublement révélateur du problème communautaire belge. Tout d’abord, les positions impossibles à concilier le sont surtout sur des expressions et des symboles. Alors que si l’on expose les mesures concrètes que ces derniers recouvrent, le différend est loin d’être insurmontable. Mais selon l’expression consacrée, « on » (ou plutôt les hommes politiques) ne se parle plus, sinon par presse et déclarations interposées. Dans ces conditions, il est illusoire de pouvoir aplanir le différend. Surtout, cet épisode illustre à merveille les mécanismes politiques et médiatiques qui conduisent à exacerber les tensions.

 

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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