Cliché (2) : les Flamands veulent la fin de la Belgique

Les Flamands veulent la fin de la Belgique, et ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils n’y arrivent.

Ah que ne l’a-t-on entendu celle-là ! Ce n’est même plus un cliché, c’est une évidence. Et le pire c’est qu’il s’agit du point de départ de bon nombre de réflexions politiques et stratégiques chez les francophones.

Allons-y donc pour démonter ce cliché. Une manière simple et un constat : la proportion de flamands voulant la fin de la Belgique ne dépasse pas 15%. Ce chiffre ne vient pas d’un sondage quelconque : il est constant depuis une dizaine d’année (avec des variations entre 10 et 15%) et mesuré principalement à travers des études universitaires. Je ne vous citerai pas toutes les sources, mais en voici tout de même une ici (voir page 6). Ici ce n’est même pas 10% en fait. Mais ce chiffre varie selon la manière dont on pose la question, le choix que l’on donne et le contexte. Parlant de contexte, vous me direz que cette étude date un peu et que, depuis les différentes crises que nous traversons depuis 4 ans, les Flamands ont du se radicaliser. Eh bien non, ils ne sont toujours pas plus de 15% à vouloir la fin du pays. Des sondages avaient été fait en ce sens au moment de la chute du dernier (?) gouvernement Leterme (soit en avril 2010), puis en septembre et enfin en décembre dernier dans le cadre du baromètre trimestriel IPSOS/RTL/La Libre Belgique. Mais, non rien à faire, on reste à 15% malgré la crise.

On ne parle bien sûr pas des sondages faits sur certains sites de journaux par les internautes qui n’ont aucune fiabilité (population non représentative et même possibilité de voter plusieurs fois si l’on s’y connait un minimum). Et pour finir d’être complet, signalons tout de même une petite pointe à 18% en octobre 2010 (soit 15% + la marge d’erreur).

Mais trêve de pinaillage : l’essentiel est que l’on est toujours dans la minorité pour ne pas dire la marginalité.

Cette marginalité de la volonté d’indépendance flamande se retrouve d’ailleurs lorsque l’on pose la question en terme d’identités. Si l’on demande aux Flamands si leur identité est Belge, Flamande, ou un mélange des deux, les résultats sont sans appel : si 11 % des sondés se considèrent comme uniquement Belge et 7,5 % comme uniquement flamand, l’écrasante majorité s’approprie les deux identités à des degrés divers (source ici, page 581). Que nous dit cette majorité ? Tout simplement que, loin d’être opposées, ces deux identités sont indissociables l’une de l’autre. En d’autres termes, que la culture belge fait partie de la culture flamande comme la culture flamande fait partie de la culture belge.

On vit en réalité depuis 4 ans dans un quiproquo institutionnel : les Flamands demandent une réforme de l’Etat et les francophones répondent qu’ils ne veulent pas la fin de la Belgique. Alors que ce n’est pas la question.

La question qui vient immédiatement après est la suivante : pourquoi de nombreux Flamands votent-ils NVA s’ils ne sont pas indépendantistes ?

La réponse est complexe mais faisons simple. Remarquons d’abord que la peur francophone de la fin de la Belgique date (au moins) de 2007, soit à une époque où la NVA pesait à peu près 5 ou 6% de l’électorat flamand. Cette peur irrationnelle n’a donc rien à voir avec un élément concret (sinon le fait que Yves Leterme ai chanté la Marseillaise). Mais passons sur les causes de cette peur, car il y aurait un livre entier à écrire là-dessus.

Concernant le vote NVA commençons par dire que, selon une étude réalisée en décembre 2010, seuls 20% des électeurs de la NVA veulent la fin de la Belgique. On est donc seulement 5% au-dessus de la moyenne flamande. Plus révélateur encore, selon ce même sondage, 15% des électeurs NVA sont pour un retour à la Belgique unitaire. Oui, vous avez bien lu ! La raison en est que la plupart de ces votes ne le sont pas vraiment pour la NVA mais plutôt pour la « liste De Wever » tant c’est le charisme du leader du parti qui est responsable de sa progression. Et cette personnalité incarne d’autres aspects : un positionnement conservateur de droite classique (qui n’existait pas en Flandre car le CD&V a une aile gauche et l’OpenVLD n’est pas conservateur), un rejet de la classe politique et de sa manière de faire de la politique (vote protestataire classique), et un positionnement communautaire ferme (sans pour autant aller jusqu’à l’indépendance). Il est difficile (et illusoire) de vouloir quantifier l’importance de chacun de ces facteurs voire de les hiérarchiser. Mais se concentrer uniquement sur l’aspect communautaire et croire que les électeurs de la NVA sont indépendantistes parce que l’article 1 des statuts proclame l’indépendance de la Flandre n’est pas seulement simpliste. C’est tout simplement faux.

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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7 commentaires pour Cliché (2) : les Flamands veulent la fin de la Belgique

  1. Je suis désolé, mais par la porte ou par la fenêtre:
    – N-VA 29%
    – Vlaams Belang 12.5%
    – Lijst Dedecker 3.5 %
    Ça fait quand même 45 % des Flamands (ou 27% des Belges) qui ont votés pour des partis prônant d’une manière ou d’une autre l’indépendance de la Flandre.

    • Eh oui, mais simplement ils ne votent pas pour ça. De la même manière que les 53% d’électeurs de Sarkozy en 2007 n’ont pas voté pour le bouclier fiscal. De Wever est on ne peut plus clair quand on lui pose la question : ce c’est pas le problème, ce n’est pas pour maintenant, et de toute façon ça se fera tout seul (évaporation). Après on peut ne pas le croire. Mais ses électeurs, le croient. Ce qui est logique d’ailleurs.

  2. Yann dit :

    Assez d’accord avec le propos global de l’article, j’avais d’ailleurs déjà évoqué certains de ces éléments dans un article (un peu plus polémique et d’opinion que le vôtre, très certainement – http://blog.iamyannlebout.be/flamands-belgique/).

    Par contre, le fait que les flamands ne soient pas séparatiste ne signifie pas que la NVA ne le soit pas. S’il y a des marges ultra-séparatiste flamandes, elles sont à la NVA (et peut être au Belang). Il n’est donc pas évident que la liste de Wever ne tente pas par diverses manoeuvre d’influencer l’opinion de la population vers le séparatisme comme la meilleure solution. De même, il ne me semble pas évident que la liste de Wever joue pour arriver à une réforme de l’état (sinon, cette réforme aurait déjà été réalisée) mais bien dans les buts affirmés dans son programme. Il me semble qu’il faille, malheureusement, séparer les désirs de la population de la politique de la NVA. Il ne me semble pas impossible qu’une population non-séparatiste vote pour un parti qui l’est.

    • Il n’est pas du tout impossible qu’une population non-séparatiste vote pour un parti qui l’est. C’est même précisément ce qui s’est passé il y a un an 🙂
      La NVA essaie effectivement d’influencer l’opinion flamande mais sans grand succès jusqu’à présent : les chiffres ne bougent pas.
      Et l’expérience montre que sur ce genre de questions, ça ne bouge pas très vite : voir le Québec par exemple où on est à 35-40 % d’indépendantistes depuis des années. Avec une campagne référendaire très menée, ils ont réussi à atteindre 49.4% en 1995 (c’était tout juste) mais il y a pas de grandes variations sur un sujet si fondamental.
      Alors, passer de 15% à une majorité, bon courage…

  3. J.L. dit :

    Enfin de véritables analyses qui mettent le doigt sur le fond des choses, qui pose les vraies questions et donne une lecture un peu différente de ce qu’on nous bassine quotidiennement.
    « On vit en réalité depuis 4 ans dans un quiproquo institutionnel : les Flamands demandent une réforme de l’Etat et les francophones répondent qu’ils ne veulent pas la fin de la Belgique. Alors que ce n’est pas la question ».

    C’est très bien dit.

    Bien que cela semble difficile à incorporer pour certains, qui s’accrochent contre les faits à l’idée que « le méchant-flamand est particulièrement séparatiste » (enfin, du moins la majorité d’entre eux), je pense aussi que la plupart de l’électorat flamand a voté pour une réforme en profondeur, et non pour le communautarisme en tant que tel (bien qu’il y ait des réserves à émettre par rapport à la différence entre ce que les gens déclarent et leurs comportements effectifs – comme en Wallonie où l’on dit être unitaristes, mais où, dans les comportements de certains, il y a des paradoxes, comme des discours franchement haineux, ou qui présentent en tout cas le flamand comme persécuteur en corollaire d’une victimisation -).

    Quant aux communautarismes, justement, je pense qu’il y en a une proportion similaire en Wallonie qui « préfèrent » leur région qu’au nord du pays. Il suffit pour s’en convaincre de lire les commentaires haineux sur les forums, ou de s’éterniser un peu dans certains bars.

    Plus sérieusement, cette victimisation francophone face à la pseudo-phobie du séparatisme (« pseudo- » dans une certaine partie du corps politique, qui n’y croit pas mais s’en sert) me semble une arme redoutable pour forger un sentiment communautariste grandissant, et engendrer du repli identitaire.

    Ainsi, les ventes de drapeaux wallons ont décuplé ces derniers temps ( http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/681072/le-coq-wallon-plus-nationaliste-que-le-lion-des-flandres.html ). Par ailleurs, les coups de l’appellation « Fédération Wallonie-Bruxelles », du « débat sur l’identité wallonne » (tiens, comme en France avec son débat sur l’identité nationale!) ou autres déclarations du style « face aux flamands, creusons des tranchées », « les flamands n’ont pas de leçons à nous donner » ou autres passent plutôt bien dans la population.

    Réflexes identitaires et argumentaires lus et entendus des kyrielles de fois : « moi, c’est fini, je ne vais plus à la côte » « les flamands oublient la période de richesse de la Wallonie », etc. Qui bipolarise le plus le débat, au final? Qu’est-ce que c’est que cette logique qui pointe le « méchant-flamand-séparatiste » du doigt tout en prônant l’unité du pays, mais qui n’hésite pas à flinguer l’autre communauté? Pourquoi ce discours schizophrène en Wallonie? Est-ce juste par peur de se retrouver sans son mécène? Y a-t-il un véritable sentiment d’attachement à nos frères du nord?

    Je ne dis pas que la Wallonie est plus ou moins séparatiste que la Flandre. Simplement, comme votre article le sous-entend, qu’en posant cette question, on bipolarise le débat, et l’on oppose explicitement deux identités, deux communautés. Ce n’est pas comme ça, absolument pas, que l’on va avancer, et c’est un comportement paradoxal lorsque l’on prétend œuvrer pour l’unité du pays. Soyons cohérents, simplement : ou nous voulons travailler ensemble pour un mieux et dans ce cas laissons la diabolisation à ceux qui en font leur gagne-pain, ou nous désirons un repli communautaire et dans ce cas cessons l’hypocrisie… Dans les deux cas, cessons les discours faux et sachons reconnaitre, avec honnêteté, quand on a tort (certains s’attachent visiblement vaille que vaille à leurs clichés, malheureusement souvent indécrottables)… C’est plus difficile que de ne pas réfléchir ou voir plus loin que le bout de son nez, c’est plus difficile que les dualismes présentés ou les conflits de personnes… Mais bon, je suis certain que la plupart des belges « ont les capacités intellectuelles » pour cela. Je l’espère.

  4. Ik hoop dat de meeste mijn Nederlandstalige commentaar kunnen lezen… Ik verkies het Nederlands, omdat ik in mijn eigen taal nuances beter kan uitdrukken dan in het Frans, surtout pas pour affronter les visiteurs francophones.

    Gewoon optellen hoeveel mensen er stemmen voor N-VA en Vlaams Blok, om te komen tot de conclusie dat 45% voor een splitsing van België is, is volledig, volledig fout.

    Als er veel kiezers zijn voor N-VA, is dat omdat er inderdaad weerzin gekomen is tegenover de traditionele partijen, en dat in de figuur De Wever een eerlijke, soms hardlijnige maar correcte politieker naar voor gekomen is. In Vlaanderen werd het tv-programma De Slimste Mens druk bekeken, en daar heeft hij goed gescoord.
    N-VA staat (voor mij persoonlijk dan) als beeld voor « correcte samenwerking tussen Vlaanderen & Wallonië ». Goede afspraken maken goede vrienden. En helemaal niet voor « splits België liever morgen dan overmorgen. »

    Nu, nog erger is blijkbaar de tendens in Wallonië om zich door deze simpele optelsom (en andere factoren) « voor te bereiden op de splitsing die Vlaanderen beoogt », en daardoor harde standpunten in te nemen, zoals voorstellen tot uitbreiding van Brussel – of eens een corridor inrichten. Hierdoor wordt oorzaak & gevolg omgedraaid: door de harde houding van sommige/vele Waalse politici krijgt men in Vlaanderen veel meer zin om de (absurde) piste van splitsing toch maar eens wat nader te bekijken.

    Mijn stelling is dus: niet door Bart De Wever, maar door de starre, verkrampte houding (uit vrees voor een splitsing) veroorzaken de Waalse politici precies wat ze willen vermijden.

    Om dit te vermijden, moeten we goede buren worden.
    Zoals elkaars blogposts lezen & in onze eigen taal antwoorden – dit terwijl we elkaar begrijpen!

  5. Ping : Un nationalisme qui s’ignore | Politique belge (et autres…)

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