Le CD&V, cet incompris

Les éditoriaux de demain matin ne sont pas encore publiés. Si je suis curieux de voir ce qu’il en sera côté flamands, je peux presque déjà deviner ce qu’il en sera côté francophone : la NVA refuse tout compromis, veut détruire le pays et, surtout la faute en revient au CD&V qui n’a pas su se « déscotcher » de son grand frère nationaliste.

J’ai déjà dit par ailleurs ce que je pensais de cette vision de la NVA. Je ne partage pas cette idée que le parti de Bart De waver refuse d’entrer dans un gouvernement pour détruire le pays. Tout simplement parce qu’ils savent très bien qu’ils ne le détruiront pas comme ça et parce que cette attitude traduit plutôt une incapacité à gouverner qu’une réelle stratégie.

Mais revenons à nos moutons et au CD&V. L’idée est bien ancrée côté francophone que ce parti est un satellite de la NVA, qu’il suivra forcément toujours la NVA voire qu’il est aussi nationaliste que Bart De Wever. Le problème n’est pourtant pas que le CD&V soit nationaliste. C’est qu’il n’a aucune idéologie et n’est guidé que par ses intérêts immédiats.

Suivant ces critères, les conditions pour le « déscotchage » étaient donc en passe d’être réunies. Les cartels CD&V-NVA n’étaient, sauf exception, plus de mise aux communales  :  plus d’intérêt directement électoral pour ces élections donc. Restait à faire passer la chose en Flandre avec une réforme de l’Etat conséquente. Elio Di Rupo la leur fournit avec sa note surprenante d’audace et d’engagement.

Le scénario semblait donc écrit : tout le monde allait donner du « oui, mais », les neufs partis allaient se mettre autour de la table, on verrait ce qu’il en est et, à un moment de l’été, la NVA allait claquer la porte, et le CD&V rester à la négociation. C’est ce qu’on appelait « l’estivalisation ».

Mais la NVA a senti le piège se refermer. Ou plutôt, elle a décidé de ne pas rentrer dans ce scénario somme toute confortable qui consistait à aller dans l’opposition. Et alors que personne ne s’y attends, De Wever joue son va-tout : dire non en espérant que le CD&V suive, ou plutôt qu’il n’ose pas négocier sans le premier parti de Flandre. Il ne prévient aucun de ces partenaires pour faire jouer l’effet de surprise et parier sur la confusion. Ainsi le CD&V, qui avait calé son intervention sur un « oui, mais » de la NVA, reporte sa conférence de presse de 13H quelques heures avant que celle-ci ne se tienne. Il est donc probable que le CD&V ai appris le changement de position de la NVA en même temps que la presse en milieu de matinée. La NVA a donc joué un bien beau tour de cochon à son ex-partenaire de cartel.

Et le tour a bien fonctionné. Le CD&V avait prévu de répondre à la note Di Rupo ce jeudi. Il a répondu par l’affirmative, tout en mentionnant qu’il ne peut y avoir de négociations sans la NVA (ce que le formateur avait dit lui-même, comme l’a rappelé Didier Reynders). La décision de laisser la NVA seule dans l’opposition ne se prend pas – en tout cas pas au CD&V – en une après-midi.

Le tour a donc bien fonctionné mais c’était peut-être le dernier tour de Bart, qui n’a plus aucun allié à force d’avoir trahi tout son monde. Le front Flamand VLD-NVA-CD&V n’est plus – si tant est qu’il ait jamais existé. Il n’y a qu’à voir l’attitude du VLD qui se pose clairement en alternative de droite responsable par rapport à la NVA. Et pour la première fois, la NVA est isolée en étant la seule formation à refuser une note de base pour une discussion de compromis. L’isolement a donc bel et bien eu lieu sur le fond. Reste à le traduire en isolement politique.

Mais c’est probablement la lecture exactement inverse que vous verrez côté francophone. Il faut dire que l’incompréhension est grande entre le CD&V et le sud du pays. Cette incompréhension se base, entre autre, sur celle du traumatisme qu’à subit le CD&V. En effet celui-ci n’est pas tant du à sa défaite électorale de juin 2010 qu’à ce qui l’a rendu possible. A savoir le fait d’être entré dans un gouvernement sans réforme de l’Etat et en brisant le cartel contre la promesse des francophones d’une telle réforme et de la scission de BHV. Promesses non tenues qui leur restent toujours en travers de la gorge. On peut donc comprendre qu’ils hésitent avant de retenter exactement la même opération.  Rien d’étonnant donc à ce qu’ils aient refusé de s’engager sans avoir de garanties. Et le traumatisme est tellement grand que, même avec la note Di Rupo, ils craignent encore de s’engager dans une négociation qui échouerait du fait de la présence du FDF.

La confiance, toujours la confiance…

Mise à jour : Le CD&V est finalement entré dans la négociation sans la N-VA le 21 juillet, soit deux semaines après la publication de ce billet. Le parti chrétien a donc bien pris plus d’une après-midi pour se décider.

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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3 commentaires pour Le CD&V, cet incompris

  1. Ø dit :

    si tenté qu’il ait jamais existé. Si tant est qu’il ait jamais existé…

  2. Henri dit :

    Bon article!

    Henri

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