Avril 2010, juillet 2011. Bis repetita ?

Retour à la case BHV cette semaine. Ce Léviathan de la politique belge que l’on croyait oublié ressurgit dans un moment crucial (pour de vrai cette fois) de la négociation institutionnelle. Car nous sommes bien en négociation. Ou plutôt en pré-négociation puisque le CD&V a demandé certains changements à la Note Di Rupo avant d’entamer celle-ci.

BHV donc qui, s’il est réglé un jour, restera dans l’histoire politique belge comme un épouvantail ou une histoire pour faire peur aux enfants. Et s’il ne l’est pas, offrira un cas extrêmement intéressant à étudier de la place de l’irrationnel en politique. Car tout tourne autour de BHV depuis plus de six ans, soit depuis l’échec de la négociation menée en 2005 par Guy Verhofstadt. Et la question a fait du dégât entre temps. En particulier à Pâques 2010, lorsque le nouvel échec d’une négociation sur ce dossier a provoqué la chute du gouvernement Leterme, les élections de juin 2010, et les résultats électoraux et politiques dont on endure les conséquences aujourd’hui.

Parlant d’irrationnel, le résultat des négociations menées à l’époque par Jean-Luc Dehaene est un modèle du genre. En effet, objectivement, toutes les parties autour de la table avaient alors intérêt à réussir. Les discussions ont échoué et le résultat a été désastreux pour tous les acteurs : les francophones qui doivent négocier dans des conditions encore plus difficiles, et les partis flamands modérés qui se sont fait plumer par la NVA aux élections. Par bien des aspects, la négociation actuelle se pose dans les mêmes termes que celle de Pâques 2010. Il nous apparaît donc utile de revenir sur celle-ci et de les analyser.

La première chose à faire est de sortir du simplisme souvent évoqué d’un échec du uniquement à un jeune président chien fou qui voulait imprimer sa marque ou quitter un gouvernement qui menait une politique jugée trop à gauche. Car les partis francophones ont leur part dans cet échec. D’abord en ayant refusé de discuter sérieusement de BHV depuis le vote Flamands contre francophones en commission à la chambre en novembre 2007. Pendant 30 mois, on est allé de conflit d’intérêt en conflit d’intérêt, jusqu’à impliquer des germanophones qui n’avaient rien demandé. La négociation enfin venue, Olivier Maingain a torpillé les propositions Dehaene sans qu’aucun président de parti francophone ne le contredise – et Didier Reynders moins que personne. N’oublions pas non plus le mépris avec lequel certains francophones ont traité la menace d’Alexander De Croo de retirer la prise, menace qualifiée d’ ultimatumeke. Il est probable que la menace était sérieuse dès l’origine. Mais si elle ne l’était pas, elle le devenait dès lors qu’on la traitait avec autant de dédain en direct à la télévision. Car en cas de reculade, Alexander De Croo aurait pu arrêter tout de suite sa carrière politique. Pour finir, Didier Reynders a été chargé par le Roi de concilier les points de vues entre le FDF et l’OpenVLD. Et il rendit bien vite les armes.

Pourquoi les francophones ont-ils laissé les choses aller ainsi ? Il ne fallait pourtant pas être grand clerc pour prévoir que la négociation serait encore plus difficile après une élection. Certes, il était difficile d’anticiper un tel succès électoral de la NVA (28%). Mais il était évident qu’il ferait un score bien meilleur que ses 13% de 2009 et qu’il se poserait au moins en second parti flamand. Au lieu de l’impasse actuelle, les francophones auraient pu négocier BHV aux conditions Dehaene et seraient actuellement en train de traiter de la réforme de l’Etat et du futur gouvernement avec Marianne Thyssen. Certes on ne va pas réécrire l’histoire. Mais s’interroger sur les erreurs passées permet de ne pas les commettre à nouveau.

Car la situation est sensiblement la même aujourd’hui. Seuls certains acteurs on changé : Wouter Beke a pris la place d’Alexander De Croo dans le rôle du Flamand intransigeant (et inexpérimenté), Elio Di Rupo celle de Jean-Luc Dehaene et de Didier Reynders (en chef de file francophone), et Charles Michel celle de ce dernier comme président du MR chargé de maitriser (ou pas) Olivier Maingain. Sur le fond la situation est bien pire mais le choix est le même : en cas d’échec, tout indique que des élections renforceraient encore le parti de Bart De Wever. Et, si négociations il y a, elles se feraient alors dans des conditions encore plus difficiles. Précision : en cas d’éclatement de la Belgique, les électeurs francophones en périphérie auront du mal à voter pour des listes bruxelloises…

Voilà qui me rappelle ce qui reste, avec la guerre en Yougoslavie, l’un de mes premiers souvenirs en relations internationales : les accords d’Oslo entre Israël et l’OLP. Je me souviens encore d’un débat entre deux députés israéliens. Le parlementaire du Likoud critiquait Yitzhak Rabin qui avait selon lui sauvé le terroriste Yasser Arafat, alors que ce dernier était politiquement mort. J’ai retenu presque mot pour mot la réponse du travailliste : « Le Likoud n’a rien compris ! Il n’a rien compris ! A une époque, nous aurions pu négocier et arriver à un accord de paix avec les palestiniens modérés. Vous avez refusé, et nous sommes aujourd’hui obligés de négocier avec l’OLP. Et si nous ne faisons pas cet accord maintenant, demain c’est avec les islamistes du Hamas que nous négocierons. »

On sait ce qu’il en est advenu. Les francophones feront-ils la même erreur ?

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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Un commentaire pour Avril 2010, juillet 2011. Bis repetita ?

  1. Je vous ai cité dans mon billet du jour sur mon blog. Il traitait de la Belgique et son irrationalité en politique.

    J’ai repris cette phrase : « BHV donc qui, s’il est réglé un jour, restera dans l’histoire politique belge comme un épouvantail ou une histoire pour faire peur aux enfants. Et s’il ne l’est pas, offrira un cas extrêmement intéressant à étudier de la place de l’irrationnel en politique »

    Si jamais cela ne vous convient pas, n’hésitez pas à me contacter je ferai le nécessaire pour la retirer.

    http://dreamsandmoods.blogspot.com/2011/10/la-belgique-ou-lirrationalite-en.html

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