Le choix du MR

Comme souvent depuis plusieurs mois, le bureau politique du MR du lundi matin est l’événement politico-médiatique du début de semaine. Aux bisbilles entre le groupe Renaissance et le président d’alors Didier Reynders, ont suivi celles entre le FDF et les libéraux. Le summum avait, jusqu’à présent, été atteint lorsque le FDF ne s’était pas présenté à ce bureau. Mais cette fois-ci, la chose est tellement d’importance que la réunion décisive de la journée (et probablement de la semaine) ne se fera pas Rue de la Loi, mais bien avenue de la Toison d’Or. Car la question sera, à terme, de savoir si l’attelage MR-FDF se poursuit et sous quelle forme.

Mais avant d’étudier les tenants et les aboutissants, il convient de tordre le cou à une idée reçue mainte fois répétée : le poids électoral d’Olivier Maingain. On affirme en effet souvent que c’est sa présence qui a « sauvé les meubles » du MR à Bruxelles en 2010, alors que celui-ci s’écroulait en Wallonie. Mais il faut se souvenir que la campagne 2010 du MR a été toute axée sur les positions du FDF en matière communautaire. Et ce n’est pas trop s’avancer que de dire que cette élection-là s’est jouée sur le communautaire. Le résultat ? En réalité, il était mauvais pour le MR à Bruxelles : 17,5% sur BHV. Soit un score inférieur à celui historique de 2007 (21,2%) mais aussi à celui de 2003 (19,9%). Le MR y a donc fait moins bien que d’habitude alors que, en Wallonie, le résultat a été une catastrophe historique. La raison nous en semble que la « fermeté » de la ligne Maingain a fait peur à beaucoup de francophones, qui se sont dit que mettre Maingain face à De Wever ne pouvait mener qu’à la fin du pays. Ceci couplé à une campagne du PS qui s’est au contraire voulue rassurante et ouverte envers le Nord (avec déjà une contrepartie avancée, le refinancement de Bruxelles) et un intérêt on ne peut plus relatif des Wallons pour les histoires autour de BHV ont mené au résultat libéral catastrophique que l’on sait.

Pourquoi revenir là-dessus ? D’abord pour souligner que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est probable que des élections législatives anticipées seraient encore plus catastrophiques pour le MR. Car cette fois ce ne serait plus une présomption : Olivier Maingain aurait bel et bien prouvé qu’il n’était capable d’aucun compromis.

Ensuite pour rappeler que, durant la campagne de 2010, les contreparties possibles à demander en cas de scission de BHV avaient été plus ou moins clairement exposées par les différents partis : refinancement de Bruxelles pour le PS, élargissement pour le FDF-MR, corridor pour le CDH Joelle Milquet par nécessité « géopolitique ». Le choix des électeurs francophone est apparu assez clairement : ils ont préféré le beurre aux canons.

Ceci posé, revenons à ce qui s’est passé ce week-end. Tout a commencé vendredi soir par le sympathique transfuge de membres CDH Anderlechtois vers le FDF. Pique à Joëlle Milquet en passant (qui ne défendrait pas assez les francophones) et démonstration que, pendant que certains négocient, d’autres sont manifestement en campagne – reste à savoir pour quelle élection.

Mais la soirée a surtout permis à Olivier Maingain de poser ses conditions à une liste commune MR-FDF à Anderlecht – on croyait pourtant que les deux partis étaient ensembles. Ainsi untel (Jean-Jacques Boelpaepe) ne peut pas figurer sur la liste à cause de problèmes judiciaires (même si il a été blanchi), un autre (Walter Vanden Bosssche) parce qu’il est… Flamand.

Il faut dire que le FDF se sent cette fois suffisamment fort pour imposer des listes exemptes de toute présence Flamande à son partenaire libéral. Aucun accord donc avec l’OpenVLD au niveau local. Même pas donc avec les très belges Guy Vanhengel à Evere ou l’anti-nationaliste Els Ampe – qui avait interrompu Jan Peumans lors d’un discours de la fête de la Flandre – à Bruxelles-ville. Les libéraux se sont apparemment déjà pliés à cette exigence de pureté linguistique.

Le samedi matin, interview incendiaire dans la Libre où Olivier Maingain, non content d’exiger de nouveau l’élargissement de Bruxelles, s’en prend à Joëlle Milquet, Philippe Moureaux, et même Armand De Decker. Ce faisant, il torpille non seulement la négociation institutionnelle mais aussi toute la communication de Charles Michel en prévision des université du MR. L’interview à L’Avenir est à ce propos édifiant : alors que le président du MR aurait voulu (du moins on l’espère) y développer son « concept » de libéralisme populaire, on ne parle que du FDF.

Encore mieux : Olivier Maingain déclare l’après-midi que Charles Michel négocie très bien. Comme si le véritable président du MR délivrait un satisfecit à son envoyé à la table des négociations.

Et pour finir, O. Mangain déclare qu’il est toujours resté fidèle à l’esprit de Jean Gol, qui avait en son temps appelé à la création d’une nation francophone. Une manière comme une autre de s’approprier symboliquement le MR. Mais sauf que Jean Gol n’est plus président et qu’en politique, le spiritisme est toujours hasardeux.

Alors, il est encore possible de finauder quelques jours ou quelques semaines et d’espérer  que l’on puisse ménager la chèvre Maingain de plus en plus enragée et le choux Di Rupo. Mais à un moment qui semble de plus en plus proche, la direction du MR devra faire un choix : soit garder le FDF et quitter les négociations institutionnelles en portant la responsabilité de l’échec, soit se dissocier clairement du FDF ce qui peut conduire au divorce entre les deux partis.

Cette dernière possibilité handicaperait certainement le MR à un an des élections communales. Mais entre ces deux mauvaises solutions, il semble pourtant que ce soit la moins pire.

En effet garder le FDF reviendrait à placer Olivier Maingain de facto à la tête du MR à Bruxelles. Car il est probable que le président du FDF n’en a pas fini avec les oukases sur les personnes qui peuvent être ou non sur les listes. Il serait alors tout de même plus simple qu’il les compose toutes lui-même. Pas sûr que tout le monde apprécie au MR bruxellois (doux euphémisme). La sortie d’Armand De Decker le montre clairement. Sans compter qu’à force de céder systématiquement à celui qui menace de partir, on risque de donner des idées à certains… Enfin, si Olivier Maingain est très populaire sur les forums des sites d’information en ligne, il faut se souvenir que le principal problème du MR à Bruxelles consiste en son incapacité à séduire l’électorat nouveau belge. Pas sûr qu’avec son phrasé du XIXème siècle et son obsession pour des problèmes communautaires belgo-belges qui sont bien le cadet des soucis des allochtones, O. Maingain puisse aider les libéraux de ce point de vue.

Surtout, porter l’échec des négociations conduirait le MR à totalement s’isoler politiquement. Au niveau fédéral d’abord, il se distancierait d’un OpenVLD redevenu politiquement intéressant depuis qu’Alexander De Croo a adopté une attitude très constructive dans les négociations. Mais c’est au niveau francophone que ce serait le plus grave. Car si le MR empêche la formation d’un gouvernement et l’accession d’Elio Di Rupo au poste de premier ministre, le PS risque de le lui faire payer d’une manière très simple : en plantant l’Olivier partout où cela est possible. Et à un an des communales, voilà une perspective qui serait bien plus sombre qu’une défection d’un FDF qui, vu les dernières déclarations d’O. Maingain, pourrait apparaitre comme infréquentable aux yeux des autres partis francophones. Exclu des niveaux fédéraux, régionaux et communautaire, il ne resterait que des miettes au MR au niveau communal, tant le PS apparait dominant en Wallonie. Dommage, surtout que Charles Michel avait réussi à sortir son parti de la marginalité dans laquelle il se trouvait avant son accession à la présidence.

Tout ceci sans oublier le résultat d’éventuelles élections fédérales anticipées, où le PS aurait une seule chose à dire et à se répéter : l’échec est de la faute du MR qui n’a pas eu le courage de se distancier du FDF alors qu’Elio Di Rupo a, en vrai homme d’Etat, eu celui de s’éloigner du programme de son parti. Dans ce cas, Olivier Maingain n’aurait pas seulement offert un boulevard à la NVA, mais aussi au PS.

Allez, bonne réunion…

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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5 commentaires pour Le choix du MR

  1. Excusez moi, mais vous oubliez clairement les propos très agressifs de Monsieur Reynders « envoyons le PS dans l’opposition ». L’ensemble de la campagne du MR était basée là dessus, ce qui a manifestement ressoudé le parti à la rose.
    Pour le reste, votre analyse est excellente à mes yeux, car j’apprécie beaucoup votre manière de voir d’un point de vue purement « comptage des voix ».
    Maintenant, comment faire pour défendre les francophones? Monsieur Maingain n’est-il pas le seul rempart contre la flamandisation forcée de Bruxelles? Au nom de l’unité de la Belgique, peut on vendre l’âme des francophones? Et doit-on à nouveau jouer au Zwarte Piet?
    Allez, bonne réunion.

    • Concernant les propos agressifs de Didier Reynders, je pense que vous confondez les campagnes de 2009 (régionales) et 2010. Pour cette dernière, Didier Reynders a été plutôt soft.

      Pour ce qui est l’approche « comptage de voix », je m’y suis attardée car pour ce qui est de « l’intérêt des francophones », la chose me parait assez claire : ceux-ci n’ont pas intérêt au blocage qui aboutirait soit à de nouvelles élections, soit à une négociation sur la base de l’article 35 et du « qu’est-ce que nous pouvons encore faire ensemble ». Dans les deux cas, cela mènerait probablement au confédéralisme, ce qui ne me semble pas être dans l’intérêt des francophones. Quand le rapport de force n’est pas favorable, il faut savoir céder un peu pour ne pas céder trop ensuite. Dommage que les francophones ne l’aient pas compris à Pâques 2010. Pour filer la métaphore footbalistique, il y a parfois des matchs qu’on sait qu’on ne peut pas gagner. Il faut alors éviter de les perdre.

      La « flamandisation forcée de Bruxelles » est un délire paranoïaque. Désolé d’être aussi direct.
      Quant à « l’âme des francophones », je ne pratique pas le spiritisme et donc suit bien incapable de sonder cette âme. Personnellement mon âme ira très bien en cas d’accord institutionnel. Même si cet accord enlève à quelques francophones de la périphérie la possibilité de voter pour Olivier Maingain (ils se rabattront sur Damien Thiérry qui sera probablement tête de liste UF dans la prochaine circonscription du Brabant Flamand).

  2. A nouveau, je suis d’accord avec vous.

    A partir du moment où Bruxelles sera enclavée en Flandre, bien que cela soit un peu de paranoïa, je ne vois pas comment elle ne pourrait plus être flamande « de facto », c’est dans ce sens là que je parlais de flamandisation forcée. D’un point de vue démographique, je la vois dans les faits totalement cosmopolite, d’où l’importance de votre intérêt pour les allochtones. Et c’est fondamental. Malheureusement, je ne suis vraiment pas certain qu’en splittant BHV le MR ait encore beaucoup de possibilités à Bruxelles. Je reconnais que je ne pas assez au fait de la situation de la capitale pour donner un avis réfléchi.

    Par contre, j’ai une question, si vous avez le temps : pourquoi pensez vous que les francophones y perdent beaucoup dans un état confédéral? Personnellement, je suis entièrement pour cette solution. Je travaille en Suisse, et je trouve que le système fonctionne très bien. Un petit peu comme les flamands, je pense que cela amènerait des responsabilités, etc… Mais, et c’est un grand mais, en allant jusqu’au bout des choses. Impôts, allocations familiales, sécurité sociale, pensions tout devrait être régionalisé. Je n’ai pas dit communautariser.

    Bien que je pense que la gestion de la Wallonie est clairement catastrophique, j’ose espérer qu’il y a réellement la possibilité de s’en sortir. Mais ici, je n’ai pas les chiffres. Si jamais vous saviez où je pouvais trouver des projections, j’en serais ravi.

    • Bruxelles ne sera (plus) jamais Flamande. Qu’elle soit entourée par la Flandre n’y change rien. Dans l’UE au XXIème siècle il n’y a pas d’enclave. Le fait qu’il y ait un couloir ou non à Rhode-St-Genèse ne changerait strictement rien.

      Sur le confédéralisme, c’est une question assez complexe. Je me contenterait de répondre par quelque chose de simple et pragmatique : si on sépare tout très vite, la Wallonie aura énormément de mal à encaisser le choc au niveau économique. Actuellement, on parle de responsabilisation (ce qui est bien loin d’une séparation comme dans un Etat confédéral) et l’important est de savoir quand cette responsabilisation sera pleinement d’application pour laisser un temps d’adaptation (5 ans, 10 ans?). Mais si on fait de nouvelles élections et que la NVA impose ces séparations d’un coup, ce sera catastrophique économiquement.

      Concernant des projections, le CERPE (Univ. Namur) en a fait en cas de séparation du pays : http://www.cerclecondorcetdeliege.be/wp-content/uploads/2011/04/Pr-Michel-MIGNOLET.doc
      Le confédéralisme ou une déféralisation radicale n’iraient pas aussi loin. Mais les chiffres donnent quand même le vertige.

  3. Merci beaucoup pour les réponses. C’est hyper intéressant.

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