La farandole des sondages

Ce week-end la Belgique francophone aura droit à deux sondages/baromètres politiques pour le prix d’un. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, La Libre et RTL qui publiaient ensemble le fameux “baromètre” se sont séparés pour produire deux sondages différent. Place donc à : La Libre/RTBF/Dedicated Research versus Le Soir/RTL/IPSOS.

Vous vous doutez bien que je vais lire ces sondages et que, comme vous peut-être, je me pose la question de savoir lequel est (ou devrait être) le plus crédible. Je n’ai pas de préférence particulière pour les médias qui commandent et publient ces sondages. Mais le plus important pour la crédibilité d’un sondage ne me semble pas être les médias qui le diffusent mais l’institut qui le réalise.

De ce point de vue, l’argument de la continuité avancé par La Libre et la RTBF me semble peu pertinent. Certes la marque “baromètre” appartient à la Libre qui publie ce sondage depuis 1984 mais il n’en reste pas moins que l’institut de sondage change. Et c’est bien là l’essentiel. La présentation graphique peut rester exactement la même, il n’empêche que les chiffres et la manière de les obtenir sont différents. Même s’il y a continuité dans les questions, il n’en reste pas moins que le panel est différent, de même que la méthodologie. Or on sait que l’intérêt d’un sondage (et surtout sa comparaison dans le temps) est liée au fait que l’on a le même panel et la même méthodologie. Le fait de garder IPSOS comme institut de sondage me semble plutôt un gage de cohérence.

Outre l’argument de la continuité de l’institut, la société Dedicated Research n’a pas vraiment un passé qui plaide pour elle dans le domaine des sondages politiques. Il faut en effet se souvenir que c’est cette société qui a le douteux privilège d’avoir effectué les fameux sondages précédant l’élection régionale de 2009 et qui donnait, notamment, le PS largement perdant, voire, dans certains sondages, troisième parti francophone. Le pire ayant probablement été atteint lorsque le PS était crédité de 14,5% des intentions de votes à Bruxelles. Résultat quelques semaines plus tard : 23,3%. Il faut souligner ici que l’erreur n’est pas de 8,8 points mais bien de 38% du résultat final. Il ne reste qu’à espérer que Dedicated Research ai changé ses méthodes depuis lors.

Concernant le sondage publié ce vendredi, qu’il soit clair que j’ai quelques doutes sur sa pertinence. D’abord parce que la période de sondage s’étale du samedi 26 novembre (15H) au 30 novembre. Certes ceci se fait principalement après la conclusion d’un accord sur le budget. Mais l’état d’esprit de la population dans une période aussi particulière n’est probablement pas représentative de ce qu’elle sera seulement quelques semaines plus tard.

En effet, commencer le sondage à ce moment-là c’est aussi croire à une diffusion pure et parfaite de l’information dans le grand public. Comme si la majorité des belges étaient scotchés à leur transistors ou à leur compte twitter le samedi après-midi et que tout le pays était devant son téléviseur pour la grand-messe télévisée du dimanche après-midi. Surtout, il s’agit de croire que l’électeur moyen s’informe, réfléchit, réagit en fonction, et change éventuellement son intention de vote dans les heures qui suivent un événement politique. Dans une société largement dépolitisée et de moins en moins attentive à cet interminable feuilleton, j’ai de sérieux doutes.

Certains résultats du sondage sont d’ailleurs étonnants. Outre les presque 40% de la NVA, c’est surtout le 12,7% du CD&V qui, disons-le pudiquement, surprend. Surtout si l’on se souvient que le dernier sondage (VRT/Standaard) effectué en octobre donnait les sociaux-chrétiens à 19,5%, en progression de 2 points après la conclusion de l’accord institutionnel. D’où pourrait bien venir une évaporation de 35% de ces soutiens ? Je veux bien que l’affaire Arco ai fait quelques dégâts mais tout de même.

Tout cela pour dire qu’un sondage est plus crédible lorsqu’il s’effectue dans une période routinière et “normale”. Mais il est vrai que cela aurait nécessité d’attendre quelques jours voire quelques semaines, délais que ne permet pas (plus) la course à l’échalotte dans lequel se sont engagés les deux groupes de médias précités.

Car ce qui est aujourd’hui frappant lorsque l’on se souvient de juin 2009, c’est la polémique qui avait suivie ces erreurs. Chacun s’était alors promis qu’on ne nous y reprendrait plus. On prendrais désormais les sondages avec des pincettes et beaucoup de recul et la RTBF avait même décidé de ne plus en commander (ce qui fut fait pour l’élection de 2010). A l’époque, les sondeurs s’en étaient sortis en expliquant (comme souvent) que les sondages n’étaient qu’une “photographie de l’opinion à un moment donné”. Sauf que pour le coup, et avec des marges d’erreur assumées de 3 à 4%, la photographie est tout de même assez floue. Ces sondages sont pourtant loin d’être inutiles. Mais il faut à mon sens davantage les voir en termes d’ordres de grandeurs et de position respective des partis.

Toujours est-il que, deux ans et demi plus tard, tout est oublié : on prend les mêmes, on recommence et on peut même faire l’ouverture du JT du vendredi soir avec la NVA à 40%. Le résultat d’un sondage ne me semble pourtant pas être une “information”, même si le succès de celle-ci est assurée du fait de son caractère anxiogène (Tremblez, francophones ! Bart va vous manger tout cru) et correspondant au cliché du Flamand nationaliste. Et l’on a plus aucune gêne pour avancer des analyses définitives comme le fait que les accords conclus n’ont aucun effet sur l’opinion en Flandre. Tout cela pour dire que je pense que l’on prend quelques risques à aller à la télévision le dimanche midi pour commenter des résultats qui seront peut-être contredits le soir même par le sondage concurrent. Et peut-être aussi la semaine d’après par le sondage VRT/Standaard.

Mais la concurrence que l’on observe ici semble montrer que ces sondages sont davantage considérés comme des coups médiatiques que des outils d’analyse. D’ailleurs, s’il en était autrement, on se demande pourquoi chacun ferait un sondage (fort couteux) alors qu’analyser le sondage du voisin ne coûte rien. Sinon quelques heures de retard.

Soit dit en passant, je ne cesse de m’étonner de l’effet de mimétisme entre médias belges francophones. Il y avait déjà les émissions politiques dominicales placées exactement aux mêmes heures, traitant le plus souvent les même sujets, et avec des invités qui seraient probablement les mêmes s’ils avaient le don d’ubiquité (comme ce n’est pas le cas, ils alternent chaque semaine). Avec deux baromètres qui, bien que trimestriels, paraissent le même week-end, le choc est de plus en plus frontal. Et peut-être destructeur en terme de crédibilité si les résultats sont par trop différents.

Mais ne croyez pas que cela m’empêchera de commenter lesdits résultats (même avec des pincettes). Pour cela, j’attendrai simplement d’avoir les deux sondages sous les yeux.

NB : billet écrit avant la publication du sondage Le Soir/RTL

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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Un commentaire pour La farandole des sondages

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