25 mai : résultats et analyse

A la suite du scrutin de dimanche, vous avez probablement entendu nombre de commentaires quant à ces résultats. Je vais néanmoins tenter de vous présenter un aperçu à la fois clair et original des résultats puis, demain, de la suite des événements qui s’annonce.

Pour commencer, je peux vous renvoyer vers mes interviews à L’Echo et au Vif/L’Express. Mais voici une vision à la fois plus synthétique et complémentaire des résultats de dimanche.

1. La Flandre

La N-VA atteint un niveau historique. C’est bien plus qu’une victoire. En fait, si l’on veut retrouver un parti Flamand au même niveau, il faut remonter à 1985 et la victoire du CVP de Wilfried Martens. La N-VA de Bart De Wever a donc tout simplement réussi le meilleur score en Flandre depuis 30 ans. Et rajoutons qu’à l’époque, le deuxième parti n’était pas relégué 12 points derrière.

Au-delà du score, on a assez dit que la N-VA avait réussi à siphonner l’électorat du Vlaams Belang. Concernant la liste de De Decker, la récupération était faite depuis longtemps. Face à cette situation, il faut se souvenir de l’initiative Forza Flandria qui avait pour but de fédérer le Vlaams Belang, la N-VA et le Liste De Decker. Lancée en 2008 à l’initiative de Filip De Winter, celle-ci a échoué très vite du fait du refus de Bart De Wever de participer aux discussions. Aujourd’hui, De Wever a en réalité fait Forza Flandria à lui tout seul, en phagocytant ses concurrents tout en récupérant certains de leurs cadres. Soit dit en passant, tuer ainsi le Vlaams Belang doit être une satisfaction personnelle toute particulière pour Bart De Wever. Rappelons que, dès son arrivée à la tête de la N-VA en 2004, il tout mis en œuvre pour casser l’association entre nationalisme Flamand et extrême-droite. 10 ans plus tard, le scrutin du 25 mai consacre cet effort.

Ce faisant, le jeu politique se clarifie en Flandre. Sachant que le Vlaams Belang ne représente plus qu’un poids mort placé derrière le cordon sanitaire, et que le PTB n’y réalise pas de perçée, il ne reste que 5 partis : la N-VA, les trois partis traditionnels (CD&V, OpenVLD et SPA), et Groen. Dimanche, CD&V, OpenVLD et surtout Groen ont repris des couleurs, alors que le SPA stagne. Par rapport à 2010, il y a très peu d’évolutions à part le transfert massif de voix du Vlaams Belang vers la N-VA.

2. La Wallonie

La déconfiture d’Ecolo et le maintien du CDH ont déjà été largement commentés. Attardons-nous plutôt sur les performances du PS et du MR.

Hier soir, il était assez étonnant de voir les efforts des dirigeants socialistes pour camoufler leur défaite en victoire. On est même jusqu’à faire appel au contexte européen, où la gauche de gouvernement est à la peine, pour expliquer que, par contraste, perdre une voix sur six par rapport à 2010 était une victoire. Alors certes le PS est premier parti en Wallonie. Mais avec un score historiquement bas de 32% au fédéral et de 31% à la région, il recule non seulement par rapport au scrutin fédéral de 2010 (ce qui était attendu) mais aussi par rapport aux régionales de 2009 (-2%). Si l’on regarde les scores du PS depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il s’agit du troisième plus mauvais score après les contreperformances de 1999 et 2007 (voir tableau ci-dessous).

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On remarquera que le score de dimanche est plus proche du résultat catastrophique de 2007 que d’un résultat normal du PS.

Cette situation serait moins grave pour le PS si son principal concurrent avait été rejeté loin derrière. Les sondages annonçaient en effet le MR aux alentours de 21-22% des voix. Mais celui-ci a réalisé l’une de ses meilleures performance pour frôler les 27% des voix. Le graphique ci-dessous montre que, sur les 50 dernières années, les libéraux n’ont obtenu de meilleurs scores en Wallonie qu’à deux reprises : en 2003 (à l’époque bénie du tandem Verhofstadt/Louis Michel) et lors de la victoire historique de 2007.

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Notons que le graphique ci-dessous ne concerne que les élections fédérales. Au niveau de la région wallonne, le MR fait le meilleur score depuis que les parlementaires wallons sont élus directement.

Au total, l’écart entre les libéraux et les socialistes a donc rarement été aussi serré (4 points à la région, 6 au fédéral). Conjugué à la bonne tenue du CDH et à la déconfiture d’Ecolo, cette situation fait que, pour la première fois depuis très longtemps, MR et CDH disposent à eux deux d’une majorité au parlement wallon. Ce qui est encore plus remarquable, c’est que cette situation n’est que la poursuite de la tendance observée aux élections communales et provinciales d’octobre 2012 où MR et CDH avaient bien progressé. On peut ajouter à cela une autre donnée : si l’on agrège le score des principaux partis de gauche en Wallonie (PS+Ecolo+PTB) et que l’on compare leurs niveau en 2009 et 2014, on constate que celui-ci a baissé de 7,6 points. Il est possible que l’on assiste en Wallonie – comme dans le reste de l’Europe – à une « droitisation » du corps électoral.

Le PS a donc fait le 3ème score le plus mauvais depuis la seconde guerre mondiale tout en voyant son principal concurrent – qu’il n’a cessé d’attaquer durant la campagne – revenir à 4 points de lui. Tout cela alors que l’on imaginait voir le parti socialiste bénéficier à plein d’un Elio Di Rupo auréolé de son statut de Premier ministre et de quasi-sauveur du pays. Avant que ne soit annoncée la victoire à Bruxelles, la première place du PS en Wallonie et de la famille socialiste à la chambre constituaient bien leurs seuls motifs de satisfaction du soir.

 
Note : les tableaux présents dans ce post sont extraits de l’article de Pascal Delwit « Partis et paysage politique dans l’espace francophone en Belgique », Outre-terre, n° 40 (à paraitre).
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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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7 commentaires pour 25 mai : résultats et analyse

  1. M. Van Cutsem dit :

    Je serais curieux de savoir ce que vous entendez par la bonne tenue du CDh avec une mise en perspective comparable de leurs chiffres…

  2. Hollebeke michel dit :

    Le CDH – 1, 05 % non ?

    • vlaborderie dit :

      Certes, mais ce n’est pas une baisse significative étant donné la montée de partis non représentés au parlement (PP et PTB).

  3. Ping : 25 mai : les suites possibles | Politique belge (et autres…)

  4. M. Van Cutsem dit :

    Le CDh ne doit pas être éloigné de son minimum historique à Bruxelles. Et entre -2% pour un parti à 30% et -1% pour un parti à 15, il n’y a que peu de différence… Mais c’est la courbe qui serait intéressante…

  5. Ping : PS et NVA sont-ils incontournables ? | Politique belge (et autres…)

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