25 mai : les suites possibles

Après l’analyse des résultats du 25 mai, voyons les suites possibles. Pour cela, je partirais des deux schémas que j’avais présenté avant l’élection. Pour aujourd’hui, limitons-nous à celui que j’avais fait paraître dans La Libre Belgique. En partant des résultats et des déclarations faites jusqu’ici, on peut en déduire le cheminement parcouru jusqu’à présent (en rouge sur le schéma) et celui qui va probablement l’être (en pointillé) :

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Le fait de passer la question de savoir si la N-VA renonce à son programme institutionnel nécessite quelques explications. En effet, si le parti nationaliste n’a pas officiellement annoncé la chose, celui-ci ne fait guère de doutes. Bart De Wever a maintes fois affirmé durant la campagne qu’il voulait se concentrer sur le socio-économique. Lors de son discours de victoire, il faut remarquer qu’il n’a pas une seule fois parlé de réforme institutionnelle. Les seuls éléments programmatiques qu’il a évoqué concernaient le socio-économiques.

Il faut également tenir compte des contraintes légales : réformer la constitution ou voter des lois spéciales nécessite une majorité des deux tiers à la chambre. Les socialistes étant indispensables pour atteindre ce seuil, Bart De Wever doit choisir entre mener un programme économique de droite sans le PS ou toucher à l’institutionnel. Étant donné que sa campagne s’est concentrée sur la promesse de mettre le PS dans l’opposition, personne ne comprendrait qu’il renonce, à ce stade en tout cas, à cet objectif. Des demandes d’ajustement à la sixième réforme de l’État sont néanmoins toujours possibles.

Le choix du MR et du CDH

On en arrive donc à la question de savoir si le MR et le CDH accepteront d’entrer dans une telle négociation. S’ils ne sont pas majoritaires dans le groupe linguistiques francophone, les 20 sièges du MR et les 9 sièges du CDH suffisent à fournir une minorité acceptable – représentant à 2 sièges près la moitié des Francophones à la chambre.

Précisons qu’il est aussi possible que des négociations s’engagent en incluant le PS et la N-VA. Mais, même si c’était le cas, celles-ci sont vouées à l’échec tant du fait de l’accent résolument anti-PS mis par De Wever durant sa campagne que des divergences entre ces deux partis au niveau socio-économique.

On comprend que le fait d’entrer en négociation avec la N-VA ne soit pas la chose la plus aisée pour le MR et le CDH – d’autant qu’ils ont affirmé ne pas vouloir le faire durant la campagne. Ils ont précisé qu’ils ne le feraient que contraints et forcés, mais c’est précisément la situation dans laquelle ils vont se trouver. Il faut aussi souligner qu’entamer une négociation avec la N-VA ne signifie pas que celle-ci va aboutir. Il sera toujours temps de quitter la table à un moment ou à un autre si les négociations n’avancent pas ou, au contraire, vont trop loin à leur goût. Tout le monde aura en effet à l’esprit qu’une alternative (la tripartite classique) est possible. Il est probable que leurs homologues Flamands du VLD et du CD&V, et éventuellement le roi, leur feront comprendre que refuser ne serait-ce que de négocier avec la N-VA alors que celle-ci aurait renoncé à son agenda communautaire serait très mal perçu au nord du pays.

Réaction PS et interférences régionales

A ces considérations, il faut ajouter le fait que les négociations fédérales et régionales se tiendront parallèlement. MR et CDH pourraient donc se retrouver dans une situation étrange qui les verrait négocier de manière concomitante avec le PS à Bruxelles et en Wallonie et avec la N-VA au fédéral. Le PS pourrait donc être tenté de faire pression sur ses deux partenaires en liant leur participation aux exécutifs régionaux avec un refus de négocier avec la NVA. Mais le fait est que le PS ne peut pas se passer à la fois du MR et du CDH à la région wallonne du fait de l’écroulement d’Ecolo et d’un nombre de siège (30) qui ne lui laisse pas les mains libres. Il est même possible au MR et au CDH de former un gouvernement sans le PS à la région wallonne et – à condition d’associer les FDF – à la région bruxelloise. La pression mise par le PS pourrait donc se retourner contre lui. Tout dépend en fait de la solidarité entre MR et CDH aux deux niveaux de négociations. En effet, si les deux sont nécessaires pour mener la négociation au fédéral, le PS n’en a besoin que d’un seul pour former une majorité à la région wallonne. Il pourrait donc facilement jouer de l’un contre l’autre en proposant à l’un des deux de former un gouvernement régional avec lui.

Notons que cette pression du PS pourrait également s’exercer pendant les négociations fédérales entre nationalistes, libéraux et sociaux-chrétiens. L’objectif serait alors de faire quitter la table des négociations au MR, au CDH ou aux deux afin de passer à des négociations pour une tripartite traditionnelle. Mais, si l’on en croit Bart Maddens, le plus probable reste que ces négociations échoueront sans intervention extérieure.

Deux issues très différentes

Il convient de souligner que les conséquences seraient très différentes selon que MR et CDH refusent de négocier avec la N-VA ou que cette négociation échoue. C’est la raison pour laquelle j’avais distingué deux types d’échecs dans mon schéma.

Au cas où les négociations ne pourraient même pas débuter du fait d’un refus des partis Francophones, on se trouverait dans une situation très dangereuses pour la stabilité de la Belgique. En effet le discours séparatiste de De Wever sur les deux démocraties et l’impossibilité de réformer avec les Francophones serait totalement validée. Face à front francophone refusant de simplement parler avec la N-VA – alors que celle-ci aurait renoncé à son programme institutionnel – risque de se dresser un front analogue des partis flamands. L’électorat flamand pourrait alors se radicaliser face à l’incompréhension de voir les Francophones refuser de parler avec un parti représentant un Flamand sur trois.

La conséquence concrète d’un tel échec pourrait conduire à débuter des négociations impliquant le PS, mais pour mettre en œuvre une partie du programme confédéraliste de la N-VA sur le thème « si vous ne voulez même pas parlez, tirons-en les conséquences ». Si le blocage persiste et que ni les partis Flamands ni les partis Francophones ne lâchent N-VA ou PS, on pourrait même aboutir à de nouvelles élections fédérales. Celles-ci prendraient alors un caractère référendaire avec comme question : pour ou contre le confédéralisme.

En revanche un échec des négociations avec la N-VA (échec 3 sur le schéma) aboutirait logiquement à passer à des négociation pour une tripartite traditionnelle. Il n’y a en effet rien de scandaleux ni d’infamant à constater que les positions sont trop éloignées pour arriver à un accord.

Mais nous sommes encore très loin de tout cela. Il sera intéressant de voir dans combien de temps se posera la question de ces discussions avec le MR et le CDH et sans le PS.

Mise à jour : le 28 mai (soit le lendemain de l’écriture de ce billet), il a déjà été confirmé qu’il n’était plus question de discuter d’institutionnel. Les choses vont vite cette année.

Je vous signale également les articles dans l’Echo de Christophe De Cavael et Martin Buxant qui abordent directement la question traitée dans ce billet.

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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4 commentaires pour 25 mai : les suites possibles

  1. Demol , r dit :

    Qui fait pression sur qui ? A lire ce commantaire le ps se croit tout permis et ne souhaite pas negocier , il veut le blocage . Le ps lui aussi ne veut pas de la nva , alors ? .

    • vlaborderie dit :

      Je dirai plutôt que c’est la N-VA qui ne veut pas du PS. Rien de plus logique pour un parti exclu que de vouloir ré-entrer dans le jeu.

  2. Demol , r dit :

    Tous les partis qui se disent democratique veulent le blocage , ils ne sont pas capable de negocier avec un partis qui a des idees differente de eux , ils impose leurs loi a 1.350.000 de citoyens , pire , ensemble ils ne representent que 3 electeurs sur 4 .

    • vlaborderie dit :

      Comme vous l’avez écrit, les partis autres que la N-VA représentent une majorité d’électeurs : 2 sur 3 en Flandre, 4 sur 5 sur l’ensemble de la Belgique. Ils ont donc la légitimité pour gouverner sans la N-VA. L’important est plutôt la manière et les circonstances dans lesquelles cela se fait et les justifications qui vont avec.

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