PS et NVA sont-ils incontournables ?

En attendant les conclusions de l’informateur De Wever, revenons vers le second schéma que j’avais élaboré en vue de modéliser les négociations post-électorale. Voici le lien vers l’article complet mais, pour résumer, rappelons que ce schéma se basait sur le fait de savoir si le PS et la N-VA étaient incontournables. Il offrait les conclusions suivantes :

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Au vu des résultats électoraux, force est de constater qu’aucun de ces deux partis n’est incontournable arithmétiquement. La répartition des sièges et les coalitions possibles qui en découlent ne les rend pas davantage incontournables. Ainsi une coalition CD&V-OpenVLD-SPA peut obtenir une majorité tant au parlement flamand que dans le groupe néerlandophone à la chambre. Côté francophone, une majorité MR-CDH peut mettre le PS dans l’opposition à tous les niveaux de pouvoirs, à condition de s’adjoindre le FDF à Bruxelles. Il est donc inutile de chercher des coalitions “exotiques” improbables associant obligatoirement tous les autres partis (hormis PTB et PP) à part le PS et la N-VA. Le moyen de contourner les deux « vainqueurs » des élections apparait assez naturel.

L’incontournabilité est donc exclusivement politique. En d’autre terme, PS et N-VA ne sont incontournables que par ce que les autres partis l’acceptent voire le proclament. De ce point de vue, c’est assurément le cas de la N-VA. Dès le soir des élections, le CD&V a déclaré la N-VA incontournable et l’a enjoint de prendre la main dans les négociations tant au niveau flamand que fédéral. Il faut dire que le score de la N-VA est exceptionnel : jamais un parti flamand n’avait fleurté ainsi avec les 32% depuis le CVP de Wilfried Martens en 1985. La N-VA maintien également  un écart considérable (12 point) avec son second. Bart De Wever est en outre auréolé du fait d’avoir quasiment tué le Vlaams Belang. Même Guy Verhofstadt, qui ne porte pas les nationalistes dans son coeur, a félicité Bart De Wever d’avoir réussi là où lui-même avait échoué. La tache, supposée indélébile, que constituait le Vlaams Belang sur la société flamande a donc été quasiment effacée. Et toute la société en question en est redevable à De Wever.

La situation est fort différente pour le PS. Celui-ci a un résultat relativement mauvais en Wallonie que n’efface pas sa bonne performance à Bruxelles. Si PS et N-VA font tous deux un score comparable en Flandre et en Wallonie (autour de 32%), deux choses les différencie fondamentalement :

–       la N-VA est leader en Flandre, région qui envoie presque deux fois plus de députés fédéraux que la Wallonie. La conséquence directe en est que si la N-VA a 33 députés à la chambre, le PS n’en envoie que 23.

–       La N-VA n’a pas de concurrent en Flandre. A l’inverse, le MR n’a que 6 points de retard sur la PS (4 points au scrutin régional). Conséquence : le MR n’a que 3 sièges de moins que le PS à la chambre. La famille libérale n’en a quant à elle que 2 députés de moins que la famille socialiste. Dans un système proportionnel un tel écart n’a aucune incidence, sinon symbolique.

On notera d’ailleurs qu’aucun parti francophone n’a déclaré le PS incontournable, à l’exception d’Olivier Maingain qui n’a rien trouvé de mieux pour justifier sa préférence pour le PS à Bruxelles.

Nous nous trouvons donc dans la case supérieure droite de mon schéma (scénario n°2). Mais comme je le mentionnais lors de l’exposition de celui-ci, le caractère incontournable d’un parti ne vaut que pour un temps. Dans le cas de la N-VA au fédéral, chacun est bien conscient que la tripartite traditionnelle est une alternative. La N-VA ne sera probablement incontournable que jusqu’au premier échec de Bart De Wever en tant que négociateur. Mais le PS ne redeviendrait pas incontournable pour autant, et l’on glisserai alors vers la partie supérieure gauche du tableau (scénario n°3).

Comme je le mentionnai, ce scénario est le plus incertain. On peut déjà exclure l’hypothèse a priori la plus improbable qui aurait vu la N-VA et le PS valser dans l’opposition. Les mauvais résultats d’Ecolo et la progression modeste de Groen (qui compte toujours 6 députés fédéraux de moins que le SPA) excluent cette hypothèse. Reste donc un gouvernement de centre-droit avec la N-VA et sans le PS ou la tripartite traditionnelle.

PS et N-VA proposent, l’orange bleue dispose

Dans cette configuration, la tripartite traditionnelle est la plus probable. Mais il faut surtout s’attarder sur le rapport de force entre les partis. Malgré les apparences des consultations actuelles, ni la N-Va ni le PS ne sont à leur avantage. Le choix de la coalition incombe en réalité à une force centrale, située entre PS et N-VA sur l’axe gauche-droite.

Cette situation découle directement de l’exclusive formulée et martelée durant toute la campagne par la N-VA à l’encontre du PS. Conséquence directe de celle-ci, OpenVLD, MR et CD&V sont assurés de participer au prochain gouvernement fédéral. Et si le CDH n’est pas sûr à 100% d’être embarqué dans l’aventure, son renvoi dans l’opposition constituerait une énorme surprise.

Ni le PS ni la N-VA ne peuvent se passer de ces partis et, in fine, c’est cette “orange bleue” nouvelle mouture qui décidera quel est leur partenaire préféré. Si les informateurs francophones PS s’activent en même temps que l’informateur royal N-VA, c’est bien sûr parce qu’ils ont fini premier à Bruxelles et en Wallonie. Mais c’est surtout pour concurrencer Bart De Wever dans son travail de séduction des libéraux francophones et des humanistes. Ceux-ci sont donc libre de faire monter les enchères. Mais ce schéma ultra-favorable aux partis de l’orange bleue suppose que les quatre partis qui la composent soient solidaires. Cela ne fait guère de doutes pour le trio MR-CD&V-OpenVLD (souvenons-nous de l’axe Beke-Michel de l’avant-campagne) dont les programmes socio-économiques sont très proches. Le doute est davantage permis concernant le CDH, qui constitue le maillon faible de cette orange bleue. Comme en 2007 diront certains. Reste à voir si Benoît Lutgen tient à se démarquer de Joëlle Milquet ou s’il prend le risque d’apparaitre comme un “Monsieur Non” scotché au PS.

Bye-bye Di Rupo II

Pour revenir à mon schéma initial, j’avais fait la distinction entre “tripartite traditionnelle” et “Di Rupo II” selon que le PS soit ou non incontournable. Au vu des résultats, il semble qu’Elio Di Rupo ait peu de chances de prester un nouveau mandat de premier ministre. Cette situation serait la suite logique de la position centrale des partis de l’orange bleue qui voudront probablement avoir un premier ministre issu de leurs rangs, et qui aurait également l’avantage d’être plus central dans la coalition. Outre cet aspect, libéraux et socio-chrétiens de chaque côté de la frontière linguistique ont des raisons différentes de vouloir changer de premier ministre.

Côté Flamand, le score de la N-VA commande d’offrir une image rénovée par rapport au gouvernement sortant. Si l’on ne peut mettre le PS dans l’opposition, renvoyer Elio Di Rupo à la présidence du PS (ou vers une fonction internationale) peut constituer un lot de consolation offert à l’électorat de la N-VA. L’identité du premier ministre ne changerait rien (ou si peu) à la politique menée mais l’on prendrait alors De Wever à son propre piège de la personnalisation à outrage. A force de faire d’Elio Di Rupo un symbole, son simple remplacement pourrait apparaitre comme le début d’une ère nouvelle alors même que la coalition « papillon » serait reconduite et la 6ème réforme de l’État confortée.

Côté francophone, l’avantage pour le MR et le CDH serait d’éviter de voir Elio Di Rupo profiter de sa stature de Premier ministre en 2019, comme il l’a fait durant la dernière campagne électorale. Pour la même raison, CDH et PS verraient d’un mauvais œil le fait qu’un MR (en l’occurrence Didier Reynders) remplace Elio Di Rupo. Bref, tout plaide pour qu’un Flamand (non N-VA) s’installe de nouveau au 16 rue de la loi.

Les enjeux de l’après 25 mai apparaissent donc bien loin de l’opposition PS/N-VA servie durant la campagne.

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A propos vlaborderie

Politologue français vivant en Belgique
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